« Toutes les eaux… » Un recueil de nouvelles de Prime-Stevenson à paraître à la mi-octobre

Toutes-les-eauxCouvDans la carrière de journaliste qu’a d’abord menée Edward Prime-Stevenson aux États-Unis, les articles de critique musicale et les nouvelles ont occupé le premier rang. C’est une donnée un peu occultée aujourd’hui. Deux ouvrages touchant à l’homosexualité (un roman Imre et un essai encyclopédique The Intersexes) qu’il a publiés en Europe, en sauvant son nom de l’oubli, ont aussi fait écran et rejeté le reste de son œuvre en arrière plan.

Pourtant, les savants regroupés autour de Magnus Hirschfeld avaient repéré plusieurs nouvelles de Prime-Stevenson en raison de leur tonalité clairement « uraniste », et en avaient fait des recensions dans le célèbre annuaire allemand (Jahrbuch für sexuelle Zwischenstufen).

Ce sont cinq de ces nouvelles traduites en français qui sont présentées dans le recueil Toutes les eaux…
Il s’agit de :
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Réflexion sur les suicides de Paul-Alexis et du frère Philippe Dockwiller : pourquoi il est légitime de les rapprocher, malgré le fossé qui sépare ces deux personnalités.

Aujourd’hui, 20 septembre 2016, est le premier anniversaire de la mort de Paul-Alexis, qui a mis fin à ses jours, à l’âge de seize ans, après avoir été « dénoncé » parce qu’il avait exposé sur un « forum pédophile », en toute innocence et en toute inconscience, les photos banales (commentées avec humour et sans grivoiserie) d’un camp scout auquel il avait participé. J’ignore presque tout de cette affaire, hormis l’essentiel : que Paul-Alexis avait déclaré n’avoir plus la force de lutter ; il avait annoncé vouloir mettre fin à ses jours en commençant son ultime message par : « Ça y est, c’est fini, ils ont gagné ». J’ai pu vérifier, grâce à un article nécrologique, la réalité de ce suicide.
Rapprocher son cas de celui du père Philippe Dockwiller est osé, aussi dois-je m’empresser de souligner une énorme et incontestable différence entre les deux personnalités. Philippe Dockwiller était Lire la suite

Addition et correctif à l’article concernant « Le Vainqueur » de Thabard

Thabard(Addition)Sur les indications d’un lecteur qui est un amateur d’art éclairé, nous publierons dans le Bulletin trimestriel Q-F n° 4 à paraître le 15 novembre prochain, une addition concernant la sculpture Le Vainqueur d’Adolphe Thabard. Cet article correctif apportera en même temps des informations complémentaires sur l’œuvre de ce statuaire encore peu connu.

Réflexion à chaud après le suicide du frère Philippe Dockwiller

Je ne connaissais pas le frère Philippe Dockwiller. Je renvoie à la page du site des éditions de la Licorne qui le présentent, page qui plaide en faveur de ses qualités morales et intellectuelles :

http://www.editionsdelalicorne.com/page90.html

Je sais que le suicide est, pour tout croyant, quelle que soit sa religion, un acte grave, un péché. Cela donne une mesure du désespoir du frère Philippe Dockwiller, de l’intensité de l’accablement qui l’a poussé à franchir cette ligne irréversible. J’éprouve une grande pitié non seulement pour cet homme, mais pour les parents du garçon qui ont porté plainte contre lui, et pour ce garçon lui-même : je préfère ne pas imaginer ce qui se passe dans sa tête après le suicide du prêtre qu’il a accusé.

Loin de moi la volonté de minimiser et encore moins de nier le traumatisme que peuvent engendrer chez un jeune garçon des gestes, des spectacles, ou des réflexions déplacées. Mais la société ne prend-elle pas une part considérable dans ce traumatisme, ne l’accroît-elle pas si, au lieu d’en réduire la portée en tenant un discours apaisant, elle procède à de véritables campagnes culpabilisantes qui noircissent à outrance l’âme de prétendus « corrupteurs » ? Et dans ces tristes campagnes de presse, l’Église joue-t-elle son rôle en aboyant avec les chiens ?

Jean-Claude Féray

Bulletin trimestriel n° 3

Sommaire du Bulletin trimestriel n° 3 de 2016 BTQ-F3

Pour BTQ-F3

[Sculpture] – À propos du Vainqueur de Thabard : un horrible contresens à éviter absolument.

[Histoire de la psychiatrie et de l’homosexualité]Des Aberrations du sens génésique (1880) de Paul Moreau de Tours.

[Histoire de la psychiatrie et de l’homosexualité] – Le premier Prix Moreau de Tours : candidature malheureuse de la thèse de Julien Chevalier sur l’inversion de l’instinct sexuel.

[Littérature] – Achille Clarac (Saint Ours), un écrivain plus que méconnu : injustement ignoré.

[Mythologie grecque] – Une parabole morale pédérastique : Promachus et Leucocomas [Mythe recomposé par Andrew Calimach].

[Romans « gay » classiques]Imre d’Edward I. Prime-Stevenson enfin traduit en français.

Notice biographique sur Julien Chevalier (1860-1943) revue et corrigée

L’un des articles du Bulletin trimestriel Quintes-feuilles n° 3 (à paraitre au milieu du mois d’août prochain) traitera de la candidature de la thèse de Julien Chevalier au prix Moreau de Tours. Ce prix venait tout juste d’être créé, et le concours était ouvert pour la première fois. Trois thèses y furent présentées, dont celle de Chevalier sur « l’inversion sexuelle ». Rappelons qu’il s’agit de la première thèse médico-légale de l’histoire moderne sur l’homosexualité (1885). L’argumentation par laquelle cette thèse ne reçut pas même un encouragement au prix Moreau de Tours présente l’intérêt d’exposer la première manifestation d’une opposition radicale entre deux écoles : l’école neuro-psychiatrique parisienne dominée par Jean-Martin Charcot (1825-1893) et l’école d’anthropologie criminelle créée par Alexandre Lacassagne (1843-1924).

Cet article du BTQ-F n° 3 justifie une révision de ma notice biographique sur Julien Chevalier publiée en 2000 dans la revue Capri, Zeitschrift für schwule Geschichte (n° 29, pp. 21-22).

Je remercie à cette occasion et Mme Marijo Donnadieu, co-présidente du cercle généalogique romanais, et Mmes Bernard et Feugier du même cercle, pour leur collaboration. En explorant notamment la généalogie de Julien Chevalier sur plusieurs générations, elles ont démenti l’hypothèse que j’avais formulée d’un possible lien entre ce médecin militaire et les différentes notabilités de la ville de Romans portant le patronyme de Chevalier. Je remercie aussi le Dr Jean-Paul Luauté, de Romans, qui m’a mis en relation avec le cercle généalogique romanais pour cette recherche. En outre, Mme Marijo Donnadieu a fait ressortir un détail qui n’est pas sans intérêt en raison du discours psychiatrique de l’époque sur l’homosexualité et des théories de la dégénérescence alors en vogue, ainsi qu’en raison du choix de la carrière de Julien Chevalier : l’acte de mariage, en 1854, des parents de Julien Chevalier précise que la mère de l’époux est absente et dans l’impossibilité d’exprimer son consentement, en raison d’un internement en maison de santé pour maladie mentale.

Julien Chevalier Notice biographique

Un communiqué de l’inspecteur Lisaneur

L’inspecteur Lisaneur informe les lecteurs du roman La Friponnière

(https://www.quintes-feuilles.com/La-Friponniere/)

qu’il n’existe aucune relation entre l’assassinat narré dans l’œuvre de fiction dont il est l’un des héros et le double assassinat qui s’est déroulé cette nuit à Pantin, dans le quartier La Courtilière :

http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/pantin-deux-femmes-poignardees-a-mort-un-homme-arrete-10-07-2016-5957499.php

Du nouveau sur François Roch Ferré

Registre écrou

Registre d’écrou de la ville de Châteaudun

François Roch Ferré est cet instituteur, arrêté en 1842 pour attouchements sexuels sur ses élèves, que les éminents aliénistes Alexandre Brierre de Boismont, Guillaume Ferrus et Achille-Louis Foville ont examiné dans le cadre d’une contre-expertise passionnante, laquelle a été publiée dans le premier numéro des Annales médico-psychologiques.

Le cas de François Roch Ferré a été depuis abondamment cité (notamment par Michel Foucault ; Jean-Marie Besset a rédigé une pièce de théâtre au sujet de l’expertise psychiatrique de Ferré) et je lui ai moi-même consacré un article dans la série des six grands procès du XIXe siècle qui ont marqué l’histoire de l’homosexualité (cf. BMQ-F d’avril 2014), en essayant d’apporter des éléments nouveaux.
Hélas, en raison de la destruction (inexplicable) des archives de justice de Chartres et de celles de Châteaudun par un bombardement au cours de la Seconde Guerre mondiale, je n’ai pu disposer comme élément nouveau que du registre d’écrou de la maison d’arrêt de Châteaudun.

Une clé pour retrouver l’État civil de François Roch Ferré dont je découvrais que François était le prénom usuel (et non pas Roch), était la commune de sa naissance, située en Eure-et-Loir. Or, cette clé, comme on peut en juger sur la reproduction ci-dessus, était illisible : on devinait quelque chose comme Myhirnan ou Myhirneun, noms de communes qui n’existent pas.
Le cas de cet instituteur était suffisamment remarquable pour déployer quelque énergie afin de connaître son destin ultérieur. Qu’est devenu ce personnage, capable de tenir des discours libertaires et déconcertants sur la sexualité et tenu pour fou par les aliénistes de son temps ?
Voici des éléments nouveaux dont l’un est suffisamment étonnant pour être susceptible de permettre un réexamen du cas de François Roch Ferré. Lire la suite

Bulletin trimestriel n° 2

image du BTQ-F2

Sommaire du Bulletin trimestriel n° 2 de 2016 BTQ-F2

[Histoire de la littérature et de la musique] – Un génie méconnu : Jean Barraqué (1928-1973).

[Libre expression] – Une analyse historique du sigle LGBT par David Thorstad.

[Arts] – Quelques sculptures garçonnières du comte d’Astanières.

[Journalisme et littérature] – Actualité de Jean de Bonnefon.

[Art et littérature] – Les relations inamicales de Gaston Goor, illustrateur de L’Étoile du soir, avec Henry de Montherlant.

[Libre expression] – Lettre ouverte aux catholiques au sujet de leur erreur stratégique fondamentale sur la question de la pédophilie, par L. K.

Dernier titre paru :

couverture KervranLes dix et une nuits de Jean Barraqué et Michel Foucault à Trélévern
par
Christian-François de Kervran

Au printemps 1952 le philosophe Michel Foucault et Jean Barraqué, compositeur de musique sérielle, passent onze nuits au bord de mer dans le village de Trélévern (Côtes-du-Nord). Ils sont jeunes, respectivement vingt-six et vingt-quatre ans et encore inconnus. En 1951 Foucault a été reçu à l’agrégation de philosophie. En 1952 il obtient un diplôme de psychologie pathologique. Barraqué vient d’achever l’écriture de sa Sonate pour piano commencée deux années auparavant.
Barraqué est pratiquement un enfant du pays et il fait découvrir sa Bretagne au poitevin Foucault. Ils sont amis depuis quelques mois seulement. La liaison, passionnelle et orageuse, de ces deux écorchés, dont ce texte fait résonner quelques échos, durera jusqu’en 1956, Barraqué prenant l’initiative de la rupture.
D’après documents et témoignages familiaux, l’auteur, tout en restituant les pompes et les œuvres de ce coin de Bretagne au tout début des années 50, fait valoir les paris idéologiques et culturels, entre doutes et espoirs, des jeunes Foucault et Barraqué, qui, malgré leur actuelle différence de notoriété, deviendront tous deux d’importants novateurs dans la pensée et dans l’art du XXe siècle.

Christian-François de Kervran est le pseudonyme d’un universitaire et essayiste, fin connaisseur de la Bretagne et de son folklore. Il a publié des études sur poètes et romanciers de l’Ouest, entre autres Tristan Corbière, Max Jacob et Henri Queffélec.

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