Au chapitre 133 du Satyricon, alors que le héros
nous conte ses amours défaillantes avec la belle Circé, apparaît
un fragment où Encolpe questionne Giton sur le rapt nocturne commis
par Ascylte dans un passé qui nous semble très lointain.
Lorsque François Nodot (ou son mystificateur)
a rédigé le faux "Manuscrit de Belgrade", il n'a pas saisi
le sens de ce passage. Pour lui, Encolpe divaguait. Aussi lui a-t-il prêté,
faute de mieux, des propos qui reflètent sa propre interrogation,
sa perplexité de lecteur :
"A bien parler, j'avais l'entendement si abruti par les catastrophes du matin, que j'extravaguais un peu, ne sachant pas très bien ce que je voulais dire. A quel propos me remettre en mémoire un passé qui pouvait nuire encore ?" *
Egarés peut-être par cette interpolation du faussaire, les traducteurs modernes n'ont trouvé aucun rapport entre ce fragment et le contexte de fiasco sexuel :
|
133 - [Lacune. L'impuissance dont Encolpe est victime lui rappelle celle dont Ascylte lui-même avait été frappé pendant la cérémonie mystique orchestrée par Quartilla - et à laquelle peut-être, par la suite, dans un fragment perdu, Ascylte aurait fait allusion devant son ami. Pour le coup, un vent d'espoir balaie l'esprit tourmenté d'Encolpe : et si ses défaillances répétées, loin d'être, comme il le croyait jusque-là, la conséquence d'un sort jeté par une personne malveillante ou par une sorcière, n'était que le résultat de la juste colère de Priape ? Les deux jeunes gens, poussés par la misère et la faim, n'avaient-ils pas volé dans un temple dédié à ce dieu, commettant une véritable profanation ? S'il en était ainsi, alors, tout espoir n'était pas perdu : le rachat auprès de la divinité était possible. Un sacrifice expiatoire apaiserait le courroux de Priape et rendrait à Encolpe sa puissance sexuelle. Par ailleurs, l'idée que la même sanction divine frappe également Ascylte apporte un baume au coeur éternellement jaloux d'Encolpe : cela voudrait dire qu'il ne s'était peut-être rien passé entre Giton et Ascylte.] Une fois cette déclamation prononcée, j'appelle
Giton et lui pose cette question : "Dis-moi, petit frère, et sois
sincère : la nuit où Ascylte est venu t'enlever de mes bras,
est-il allé jusqu'au dernier outrage, ou bien s'est-il contenté
de passer auprès de toi une nuit chaste et pure ?" L'enfant jura,
de manière solennelle, en faisant le signe de se toucher les yeux,
qu'Ascylte ne lui avait fait subir aucune violence.
M'agenouillant sur le seuil, j'adressai cette prière
à la divinité :
|
* Traduction de Laurent Tailhade.