Psyché avait déjà couvert la tête
de cette petite fille d'un petit voile de couleur de feu ; le baiseur incommode
marchait déjà devant avec le flambeau; il y avait déjà
devant une suite assez grande de femmes libres et débauchées
qui applaudissaient et qui avaient paré le lit nuptial de quelques
uns de leurs habits, qui étaient trop souvent témoins d'infamie
pour pouvoir reprocher celle qu'on y allait faire. Pour lors, Quartille,
qui était trop animée par le plaisir qu'elle voyait prendre,
se leva aussitôt, prit Giton et le tira dans la chambre. Il est sûr
que cet enfant n'avait pas témoigné grande résistance,
et que la petite fille n'avait pas paru fort épouvantée au
nom de mariage. Ce pourquoi, comme ils étaient enfermés et
couchés ensemble, nous nous arrêtâmes à la porte
de la chambre, et Quartille entre autres, faisait passer un regard curieux
par une fente qu'on avait faite miraculeusement et considérait tout
ce badinage d'enfant avec un empressement et une passion qui marquait le
dernier voluptueux. Elle m'attira aussi à ce joli spectacle d'une
main qui faisait connaître l'empressement et la crainte qu'elle avait
d'apporter le moindre trouble à ce plaisir. Et quoique nous fussions
entièrement attachés à voir ce qui se passait, elle
faisait pourtant quelques vols légers à sa curiosité
pour en enrichir un petit commerce de galanterie. Car dans le moment qu'elle
cessait de regarder, elle donnait un tour de tendresse et quelques demi
mouvements amoureux à ses lèvres et de temps en temps venait
m'accabler comme à la dérobée d'une foule agréable
de baisers impétueux. #Elle commençait à se mettre
en humeur et à se plaire aux petites faveurs qu'elle me faisait
lorsque celles de Giton prenaient fin. Les plus fortes caresses n'allaient
plus que sur quelques restes d'une vigueur fort affaiblie, le sommeil était
partout de moitié et glissait même petit à petit jusque
dans leurs embrassements. Enfin, il les saisit tout à fait. Quel
charme n'était-ce pas de les voir endormis tous deux dans ces aimables
confusions et ces belles négligences que donnent ordinairement ce
plaisir et la faiblesse humaine. Pour Quartille, elle y trouvait des satisfactions
si grandes et ses yeux la servaient si bien dans cette rencontre, que,
quoique fort peu imaginaire de ce coté-là, elle s'épuisa
autant à les voir que les autres s'étaient épuisés
à le faire, et qu'elle se retira contre sa coutume dans une résolution
de se coucher pour dormir. C'est pour lors que nous approuvâmes de
tout notre coeur le mariage de Giton, car nous nous imaginions que la vue
de ce badinage pourrait plutôt donner un modèle de plaisir
à Quartille qu'un contentement entier. Mais quand nous vîmes,
pour notre bonheur, qu'elle se faisait déshabiller sans en chercher
d'autre,# nous nous jetâmes sur quelque lit où nous passâmes
le reste de la nuit fort tranquillement et sans crainte.
NB : Les dièses (#) figurent dans le manuscrit et bornent les raccords que l'auteur a imaginés au roman mutilé de Pétrone.