Attaques contre l’Église catholique pour des affaires de mœurs : le précédent nazi

« Plus de 200 témoins et victimes » titre l’Obs à propos de la communauté de Riaumont, ultra-catholique, et haïe par certains pour son intégrisme ; Riaumont que l’Obs dit se trouver « au cœur d’un scandale de pédophilie ».

Les attaques inlassablement réitérées depuis des décennies contre l’Église catholique, via les médias, pour des affaires dites de « pédophilie » (attaques dont beaucoup proviennent des pays anglo-saxons majoritairement protestants) nous invitent à rechercher et à examiner des précédents historiques. « Comparaison n’est pas raison » dit-on, mais comparer permet de dégager quelques éléments propres à alimenter une réflexion utile.

Il se trouve que la campagne nazie, l’un des plus remarquables et des plus instructifs d’entre ces précédents, est relativement méconnue ou occultée en France : aucune page Wikipédia ni en langue française ni en langue anglaise ne l’évoque, alors qu’il en existe une, bien évidemment, en langue allemande ; on remarquera que cette page n’a été traduite que pour le Wikipédia espagnol. Il s’agit des poursuites judiciaires contre les membres d’ordres monastiques et les prêtres catholiques survenues en Allemagne de 1935 à 1937 et connues sous l’appellation de Klosterprozesse [1].

À l’aide du fameux paragraphe 175 du Code pénal allemand qui visait les actes « contre nature » commis entre hommes, l’attaque initiale fut lancée en avril 1935 contre une congrégation religieuse dont le siège se trouvait en Rhénanie-Palatinat, à Waldbreitbach : la Congrégation des Frères Franciscains de la Sainte-Croix.

L’enquête qui pointait les actes de débauche entre moines et novices commis au sein de cette congrégation à Waldbreitbach fut très vite élargie aux autres ordres religieux et aux prêtres catholiques, et Lire la suite

Bulletin trimestriel Q-F n°10

Tambour ou tapinSommaire du BTQ-F10 (12,7 Mo)

[Histoire de la littérature et des mœurs] – Une lettre fameuse de George Sand à son fils Maurice alors âgé de treize ans.

[Sculpture] – Des œuvres de Clément d’Astanières au musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan.

[Histoire des mœurs] – Avant d’être chef de la sûreté de la Préfecture de police de Paris, Louis Canler a d’abord été un petit tapin.

[Recension] – Viveka Adelswärd et Jacques Perot – Jacques d’Adelswärd-Fersen, l’insoumis de Capri.

[Histoire littéraire] – Une des recensions parues en 1959 de L’Exilé de Capri de Roger Peyrefitte.

[Histoire] – Le Cardinal Mazarin a-t-il commis un acte impudique sur la personne de Louis XIV, au début de l’adolescence du roi ?

Correction d’une erreur iconographique

Henry Spiess et Edouard RodJean-Christophe Curtet, de Genève, m’a signalé une erreur iconographique de taille dans le dernier Bulletin hors-série consacré à Camille Spiess et Jacques d’Adelswärd-Fersen. La photo présentée sans légende, mais dans un passage où il est question d’Henry Spiess, le poète suisse estimé et frère de Camille, est en effet celle d’Édouard Rod.

M. Curtet a en outre la gentillesse de fournir une photo avec une mention manuscrite qui apporte la preuve de l’erreur : Henry Spiess est alité, Edouard Rod étant le visiteur au chevet du malade.

Par respect envers les mânes d’Henry Spiess et envers ses admirateurs, je me fais un devoir de reproduire deux tableaux représentant ce poète que m’a transmis M. Curtet :

Mes remerciement les plus vifs à Jean-Christophe Curtet et toutes mes excuses aux lecteurs du Bulletin hors-série n°4.

J-C F.

Clément d’Astanières au musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan

 

Grâce au legs des petits-fils de Pierre Gillet, régisseur et héritier de l’ancien domaine La Savane à Capbreton où le comte d’Astanières avait vécu à la fin de sa vie, le musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan abrite désormais 19 sculptures plus une cinquantaine d’aquarelles de Clément d’Astanières.

Un petit article du BTQ-F n° 10 qui paraîtra le 15 mai reviendra sur cet événement.

M. Jean-Claude Gillet, professeur honoraire des universités et l’un des donateurs, prononcera une conférence sur l’artiste le 21 avril dans une salle du musée.

Affiche annonçant cette conférence.

Pour les lecteurs qui souhaitent mieux connaître le comte Clément d’Astanières et son œuvre, nous renvoyons au BTQ-F2 (2016) et au Bulletin Q-F hors-série n°3, ainsi qu’au livre de M. Jean-Claude Gillet.

Nouveau Bulletin Hors-série

Jacques d'Adelswärd-Fersen

Jacques d’Adelswärd-Fersen vers 1910

 

La sortie de la biographie intitulée Jacques d’Adelswärd-Fersen, l’insoumis de Capri (Séguier, 2018) par Viveka Adelswärd et Jacques Perot, ravive l’intérêt pour un écrivain et un poète beaucoup plus estimable et plus profond que ce que certains critiques ont écrit sans guère lire ses œuvres.
Cette récente biographie, riche en nouveaux éléments, marque une étape dans la connaissance du « baron Jacques », une connaissance dont on se réjouira de savoir qu’elle est toujours en progrès.

Le 4e Bulletin Q-F hors-série montre que de nouveaux documents ou de nouvelles photos viennent encore – et  pourront encore venir – éclairer ce personnage, si attachant par sa destinée tragique, que fut Jacques d’Adelswärd-Fersen.

Hors-série n°4 (12, 7 Mo) : Le très singulier Camille Spiess. Ses relations avec Jacques d’Adelswärd-Fersen.

Note : Ce bulletin hors-série a été corrigé le 2/04/2018 à 9h30.

Très triste nouvelle

Will H.L. Ogrinc nous a quittés le matin du 21 mars 2018, après une brutale et courte maladie. Le diagnostic de son cancer des poumons lui avait été annoncé lors de l’hospitalisation à Utrecht, qui avait suivi la grande fatigue éprouvée à son retour de courtes vacances passées en Allemagne au début de l’automne dernier. Ses médecins lui avaient déclaré sans ambages que son cancer était inopérable et qu’il y avait peu d’espoir de survivre. Il avait malgré tout supporté avec un stoïcisme admirable trois séances de chimiothérapie.

La bibliographie sur laquelle il avait travaillé pendant presque vingt ans avec une grande rigueur et une parfaite honnêteté lui survivra. Malgré quelques petites divergences de vue entre lui et moi, elle avait conforté notre amitié.

Will Ogrinc avait été très affecté, comme je l’avais été moi-même, en décembre 2015, par la mort de Willem van der Molen. C’est maintenant à son tour de nous causer du chagrin.

Ci-joint le faire part en néerlandais de sa famille

Nécrologie

Le grand critique d’art, peintre et plasticien qu’était Yvon Taillandier est mort le 3 mars dernier à Avignon, à l’âge de 91 ans.

Rappelons que c’est Renaud Icard (dont Mon Page, que nous avons édité en 2009, a été préfacé par Yvon Taillandier) qui a mis le pied à l’étrier à Yvon Taillandier et lui a donné l’occasion d’exprimer ses talents, ainsi que l’artiste l’a lui-même reconnu dans ses mémoires.

Nous aurons peut-être l’occasion de reparler des relations Icard-Taillandier, qui ne furent pas, comme Renaud Icard l’aurait souhaité, des relations de maître à disciple.

Jean-Claude Féray

La traduction française de l’article de Bethe est parue

1ère de couverture L'amour chez les DoriensCe texte d’Erich Bethe, traduit pour la première fois en français, a fait sensation et a été l’objet de critiques comme de louanges dès sa parution en 1907 : Magnus Hirschelfd y fait référence à plusieurs reprises dans son magistral opus Die Homosexualität des Mannes und des Weibes. On tient Die Griechische Knabenliebe du philologue classique Harald Patzer (1982) pour un prolongement et un aboutissement du travail de Bethe.

Cette édition est enrichie de notes secondaires qui consistent essentiellement en passages d’une traduction française des textes grecs auxquels Bethe se référait, textes qui étaient tous connus des érudits auxquels le philologue allemand s’adressait, et que les jeunes lecteurs français auront plaisir à découvrir.

Bulletin trimestriel Q-F n°9

Sommaire du Bulletin trimestriel Q-F n°9 (15,9 Mo)

[Histoire des mœurs] – Le consul autrichien et l’amour des garçons : un texte oublié traduit ici pour la première fois en français.

[Histoire des religions ] – Attitude du zoroastrisme vis-à-vis de l’homosexualité, résumée par Westermack.

[Notice biographique] – Le Dr Alexis Épaulard (1878-1949).

[Libre expression] – L’affaire Harvey Weinstein et nous.

[Histoire des mœurs] – L’homosexualité et la prostitution des garçons au XVIe siècle rapportées par Jean-Léon l’Africain dans sa Description de l’Afrique.

Annonce (suite) de la traduction de « die dorische Knabenliebe » d’Erich Bethe

Ganymède

Dans notre annonce précédente, nous avons parlé d’un avant et d’un après l’article die dorische Knabenliebe d’Erich Bethe publié en 1907. Voici un témoignage intéressant du changement qu’a produit chez les hellénistes et les sexologues cet article :

Au début de la décennie 1920, le philologue Willem Kroll (1869-1939) qui fut avec August Pauly et Georg Wissowa l’un des directeurs de la nouvelle édition de l’Encyclopédie allemande concernant l’Antiquité classique (Realenzyklopädie der klassischen Altertumswissenschaft, mieux connue sous le nom d’Encyclopédie Pauly) rédigea l’article Knabenliebe (Amour des garçons) pour le tome XI de cette encyclopédie (pp. 897-906).

Un de ses collègues philologue parmi les plus remarquables, Paul Brandt (1875-1929), qui publia sous le pseudonyme de Hans Licht (un pseudonyme censé protéger sa carrière universitaire mais qui ne le mit pas à l’abri d’une dénonciation) rédigea une recension* sévère sur cet article de « l’Encyclopédie Pauly ». Il faut relever le passage suivant concernant la paidérastie dorienne et la contribution d’Erich Bethe :

« Kroll mentionne, mais sans en apprécier pleinement l’importance, le brillant travail d’Erich Bethe, qui a prouvé (et de manière absolument convaincante pour moi) que même dans l’acte physique de l’immissio penis in anum le symbolisme archaïque, selon lequel la semence était porteuse de la vertu de l’homme, jouait un rôle. »

Hans Licht avait lui-même rédigé plusieurs livres sur cette forme d’amour dont l’un qu’il cite dans sa recension très critique : Der παίδων ἔρως (Knabenliebe) in der griechischen Literatur.

Et dans cette même recension, Licht, qui fut aussi un estimable historien de l’art, n’hésita pas, non seulement à critiquer l’analyse que Willem Kroll donnait de l’origine de l’amour des garçons, mais à fournir sa propre analyse décapante :

« L’amour des garçons chez les Grecs de l’Antiquité s’explique tout naturellement par deux prémisses : d’une part, il est un fait incontestable que le garçon et l’adolescent représentent, d’un point de vue purement esthétique, le plus bel épanouissement des sexes (1) ; d’autre part, l’amour n’est rien de plus qu’un désir de beauté. Et dans la mesure où les Grecs voyaient la plus grande beauté chez le garçon, il voyait aussi en lui l’objet le plus digne d’amour. Si l’on parvient à se libérer de préjugés séculaires et que l’on accepte ces deux prémisses, alors on remarquera que la représentation de « quelque chose de contraire » s’estompe peu à peu, et que l’amour des garçons chez les Grecs nous apparaît comme une production parfaitement naturelle de leur univers mental. »

(1) Hans Licht écrit en fait plus simplement « le plus beau des sexes ». Et il ajoute la note suivante :  « Ce que même un adorateur invétéré de la femme comme Goethe a reconnu ; Cf : Conversations avec le chancelier Friedrich von Müller, n ° 265, 7 avril 1830 ; “Sur une échelle purement esthétique, l’homme est plus beau, plus exquis, plus accompli que la femme”. D’autres témoignages de Goethe sont mentionnés dans la note 2 dudit livre, et p. 20 et suivantes. »

*Hans Licht – Knabenliebe. Zeitschrift für Sexualwissenschaft. Bd IX, April 1922-März 1923, pp. 53-56.

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