Entretien avec Didier Denché à propos de son nouveau roman qui pose des questions fondamentales sur l’amour des garçons et n’en résout aucune

J.-C.F. pour Q-F : Avant de commencer cet entretien, je dois préciser que le titre quelque peu irrévérencieux donné à cette rubrique n’est pas de mon fait, mais que c’est vous qui me l’avez suggéré. Est-ce que vous ne péchez pas par excès de modestie en affirmant ne résoudre aucune des questions fondamentales posées dans ce roman au sujet de l’amour des garçons ?
DD : Les lecteurs répondront eux-mêmes, s’ils le peuvent, aux deux questions : primo, savoir si j’apporte des réponses ; secundo, en cas de réponse positive, savoir s’il y a modestie ou fausse modestie de ma part. Trancher entre les deux extrêmes de la seconde question est impossible sans une connaissance approfondie de ma personne et de la nature humaine en général, bien sûr.
Q-F : Mettons… Dieu lui-même n’en sait rien qui est le titre de ce nouveau roman, paraîtra, si tout se passe bien, avant la fin de l’année. Est-ce vraiment votre deuxième roman ?
DD : C’est mon deuxième roman sous ce pseudonyme, oui.
Q-F : Restons discrets sur les autres pseudonymes, sinon à quoi bon changer de nom ?
DD : Merci !
Q-F : Donc, Dieu lui-même n’en sait rien est le deuxième roman de Didier Denché après La Friponnière…
DD : Oui, j’avais écrit La Friponnière pour me délasser de travaux sérieux qui « m’avaient pris la tête » comme on disait autrefois. J’ai eu davantage d’ambition pour Dieu lui-même n’en sait rien : je veux dire que je n’ai pas écrit ce roman seulement pour me divertir. Bien que ce soit sans perdre de vue le divertissement du lecteur, j’ai tenté de dire des choses qui me tiennent à cœur et qui me paraissent fondamentales. Or, ces questions importantes ne sont traitées que de façon marginale par les médias, tandis que d’autres sujets dénués d’intérêt font l’objet de tapages et de verbiages médiatiques qui donnent une piètre et fausse idée du Q.I. moyen des Français. La censure et le politiquement correct aboutissent à un appauvrissement dangereux de la « pensée » exprimée publiquement, et, j’ose le dire – dans la mesure où il s’agit d’un phénomène global –, de la conscience même que l’humanité a d’elle-même.
Q-F : Est-ce que vous faites une allusion indirecte aux réflexions sur l’intelligence artificielle et les robots humanoïdes qui constituent l’un des thèmes du roman ?
DD : Oui, entre autres choses. Bien vu.
Q-F : Quel sens a le titre du roman : Dieu lui-même n’en sait rien ?
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Un commentaire au sujet du « précédent nazi » des attaques contre l’Église.

Un lecteur anonyme m’a fait parvenir le commentaire suivant au sujet de mon précédent éditorial sur les Klosterprozesse (procès contre les monastères) :

Paolo Morando - St Jean (détail)

« Votre présentation me paraît globalement très claire, même si j’apporterais personnellement quelques nuances. Par exemple le déclenchement de l’affaire concernant la congrégation de Waldbreitbach (qui n’a rien à voir avec l’ordre des Franciscains) est dû à la plainte d’un pensionnaire en fuite, arrêté pour un cambriolage, et qui, pour ne pas retourner dans l’établissement, a fait des confidences aux policiers. La Gestapo enquêtait par ailleurs sur la question des devises.
Le père Léogivild, confesseur auprès de cette congrégation, a bien été condamné. C’est même la condamnation la plus lourde prononcée : 8 huit ans de prison. Il a été aussi exclu de son ordre. Sa culpabilité, au sens des § 174 et 175 de l’époque, ne fait d’ailleurs pas de doute.
De manière générale, la justice allemande a été impartiale dans ces affaires (d’où un grand nombre de classements sans suite sur les dossiers apportés par le parquet spécial aux mains de la Gestapo) et n’a pas cédé à la pression du parti nazi et des services de Goebbels.
La principale ressemblance avec les affaires actuelles est l’instrumentalisation par Goebbels de ces affaires contre l’Église et la tentative d’en susciter d’artificielles. Avec le même discours qu’on entend aujourd’hui chez certains…
Le seul ouvrage sur la question, à ma connaissance, est celui de Hans Günter Hockerts, qui date du début des années 70. Il a notamment pu rencontrer des témoins et a eu accès aux archives.
»

Merci à ce lecteur pour les précisions très utiles qu’il a apportées.

Illustration : saint Jean-Baptiste par Paolo Morando (détail d’un tableau représentant la Vierge et l’enfant Jésus avec saint Jean et un ange).

Attaques contre l’Église catholique pour des affaires de mœurs : le précédent nazi

« Plus de 200 témoins et victimes » titre l’Obs à propos de la communauté de Riaumont, ultra-catholique, et haïe par certains pour son intégrisme ; Riaumont que l’Obs dit se trouver « au cœur d’un scandale de pédophilie ».

Les attaques inlassablement réitérées depuis des décennies contre l’Église catholique, via les médias, pour des affaires dites de « pédophilie » (attaques dont beaucoup proviennent des pays anglo-saxons majoritairement protestants) nous invitent à rechercher et à examiner des précédents historiques. « Comparaison n’est pas raison » dit-on, mais comparer permet de dégager quelques éléments propres à alimenter une réflexion utile.

Il se trouve que la campagne nazie, l’un des plus remarquables et des plus instructifs d’entre ces précédents, est relativement méconnue ou occultée en France : aucune page Wikipédia ni en langue française ni en langue anglaise ne l’évoque, alors qu’il en existe une, bien évidemment, en langue allemande ; on remarquera que cette page n’a été traduite que pour le Wikipédia espagnol. Il s’agit des poursuites judiciaires contre les membres d’ordres monastiques et les prêtres catholiques survenues en Allemagne de 1935 à 1937 et connues sous l’appellation de Klosterprozesse [1].

À l’aide du fameux paragraphe 175 du Code pénal allemand qui visait les actes « contre nature » commis entre hommes, l’attaque initiale fut lancée en avril 1935 contre une congrégation religieuse dont le siège se trouvait en Rhénanie-Palatinat, à Waldbreitbach : la Congrégation des Frères Franciscains de la Sainte-Croix.

L’enquête qui pointait les actes de débauche entre moines et novices commis au sein de cette congrégation à Waldbreitbach fut très vite élargie aux autres ordres religieux et aux prêtres catholiques, et Lire la suite

Bulletin trimestriel Q-F n°10

Tambour ou tapinSommaire du BTQ-F10 (12,7 Mo)

[Histoire de la littérature et des mœurs] – Une lettre fameuse de George Sand à son fils Maurice alors âgé de treize ans.

[Sculpture] – Des œuvres de Clément d’Astanières au musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan.

[Histoire des mœurs] – Avant d’être chef de la sûreté de la Préfecture de police de Paris, Louis Canler a d’abord été un petit tapin.

[Recension] – Viveka Adelswärd et Jacques Perot – Jacques d’Adelswärd-Fersen, l’insoumis de Capri.

[Histoire littéraire] – Une des recensions parues en 1959 de L’Exilé de Capri de Roger Peyrefitte.

[Histoire] – Le Cardinal Mazarin a-t-il commis un acte impudique sur la personne de Louis XIV, au début de l’adolescence du roi ?

Correction d’une erreur iconographique

Henry Spiess et Edouard RodJean-Christophe Curtet, de Genève, m’a signalé une erreur iconographique de taille dans le dernier Bulletin hors-série consacré à Camille Spiess et Jacques d’Adelswärd-Fersen. La photo présentée sans légende, mais dans un passage où il est question d’Henry Spiess, le poète suisse estimé et frère de Camille, est en effet celle d’Édouard Rod.

M. Curtet a en outre la gentillesse de fournir une photo avec une mention manuscrite qui apporte la preuve de l’erreur : Henry Spiess est alité, Edouard Rod étant le visiteur au chevet du malade.

Par respect envers les mânes d’Henry Spiess et envers ses admirateurs, je me fais un devoir de reproduire deux tableaux représentant ce poète que m’a transmis M. Curtet :

Mes remerciement les plus vifs à Jean-Christophe Curtet et toutes mes excuses aux lecteurs du Bulletin hors-série n°4.

J-C F.

Clément d’Astanières au musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan

 

Grâce au legs des petits-fils de Pierre Gillet, régisseur et héritier de l’ancien domaine La Savane à Capbreton où le comte d’Astanières avait vécu à la fin de sa vie, le musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan abrite désormais 19 sculptures plus une cinquantaine d’aquarelles de Clément d’Astanières.

Un petit article du BTQ-F n° 10 qui paraîtra le 15 mai reviendra sur cet événement.

M. Jean-Claude Gillet, professeur honoraire des universités et l’un des donateurs, prononcera une conférence sur l’artiste le 21 avril dans une salle du musée.

Affiche annonçant cette conférence.

Pour les lecteurs qui souhaitent mieux connaître le comte Clément d’Astanières et son œuvre, nous renvoyons au BTQ-F2 (2016) et au Bulletin Q-F hors-série n°3, ainsi qu’au livre de M. Jean-Claude Gillet.

Nouveau Bulletin Hors-série

Jacques d'Adelswärd-Fersen

Jacques d’Adelswärd-Fersen vers 1910

 

La sortie de la biographie intitulée Jacques d’Adelswärd-Fersen, l’insoumis de Capri (Séguier, 2018) par Viveka Adelswärd et Jacques Perot, ravive l’intérêt pour un écrivain et un poète beaucoup plus estimable et plus profond que ce que certains critiques ont écrit sans guère lire ses œuvres.
Cette récente biographie, riche en nouveaux éléments, marque une étape dans la connaissance du « baron Jacques », une connaissance dont on se réjouira de savoir qu’elle est toujours en progrès.

Le 4e Bulletin Q-F hors-série montre que de nouveaux documents ou de nouvelles photos viennent encore – et  pourront encore venir – éclairer ce personnage, si attachant par sa destinée tragique, que fut Jacques d’Adelswärd-Fersen.

Hors-série n°4 (12, 7 Mo) : Le très singulier Camille Spiess. Ses relations avec Jacques d’Adelswärd-Fersen.

Note : Ce bulletin hors-série a été corrigé le 2/04/2018 à 9h30.

Très triste nouvelle

Will H.L. Ogrinc nous a quittés le matin du 21 mars 2018, après une brutale et courte maladie. Le diagnostic de son cancer des poumons lui avait été annoncé lors de l’hospitalisation à Utrecht, qui avait suivi la grande fatigue éprouvée à son retour de courtes vacances passées en Allemagne au début de l’automne dernier. Ses médecins lui avaient déclaré sans ambages que son cancer était inopérable et qu’il y avait peu d’espoir de survivre. Il avait malgré tout supporté avec un stoïcisme admirable trois séances de chimiothérapie.

La bibliographie sur laquelle il avait travaillé pendant presque vingt ans avec une grande rigueur et une parfaite honnêteté lui survivra. Malgré quelques petites divergences de vue entre lui et moi, elle avait conforté notre amitié.

Will Ogrinc avait été très affecté, comme je l’avais été moi-même, en décembre 2015, par la mort de Willem van der Molen. C’est maintenant à son tour de nous causer du chagrin.

Ci-joint le faire part en néerlandais de sa famille

Nécrologie

Le grand critique d’art, peintre et plasticien qu’était Yvon Taillandier est mort le 3 mars dernier à Avignon, à l’âge de 91 ans.

Rappelons que c’est Renaud Icard (dont Mon Page, que nous avons édité en 2009, a été préfacé par Yvon Taillandier) qui a mis le pied à l’étrier à Yvon Taillandier et lui a donné l’occasion d’exprimer ses talents, ainsi que l’artiste l’a lui-même reconnu dans ses mémoires.

Nous aurons peut-être l’occasion de reparler des relations Icard-Taillandier, qui ne furent pas, comme Renaud Icard l’aurait souhaité, des relations de maître à disciple.

Jean-Claude Féray

La traduction française de l’article de Bethe est parue

1ère de couverture L'amour chez les DoriensCe texte d’Erich Bethe, traduit pour la première fois en français, a fait sensation et a été l’objet de critiques comme de louanges dès sa parution en 1907 : Magnus Hirschelfd y fait référence à plusieurs reprises dans son magistral opus Die Homosexualität des Mannes und des Weibes. On tient Die Griechische Knabenliebe du philologue classique Harald Patzer (1982) pour un prolongement et un aboutissement du travail de Bethe.

Cette édition est enrichie de notes secondaires qui consistent essentiellement en passages d’une traduction française des textes grecs auxquels Bethe se référait, textes qui étaient tous connus des érudits auxquels le philologue allemand s’adressait, et que les jeunes lecteurs français auront plaisir à découvrir.

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