23 avril : journée mondiale du livre

Le 23 avril a été institué par l’UNESCO journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Quintes-feuilles marque l’événement annuel célébré depuis 1995 en rappelant l’importance du livre et de l’écrit par rapport aux autres médias : l’actualité démontre presque chaque jour qu’il est infiniment plus facile de tromper le peuple par des images (qui s’adressent à l’émotivité plutôt qu’à la rationalité pour convaincre) que par des textes (qui s’adressent avant tout à l’esprit et nous laissent le temps de la réflexion).

Pensez à offrir un livre aux êtres qui vous sont chers : ce lien que vous ajoutez aux autres ne s’efface pas, ni ne se fane.

Pour l’année 2018, la ville d’Athènes a été choisie comme capitale mondiale du livre. Occasion pour Quintes-feuilles de rappeler tous les éléments de civilisation dont on crédite Athènes et la Grèce, amour grec inclus…

Correction d’une erreur iconographique

Henry Spiess et Edouard RodJean-Christophe Curtet, de Genève, m’a signalé une erreur iconographique de taille dans le dernier Bulletin hors-série consacré à Camille Spiess et Jacques d’Adelswärd-Fersen. La photo présentée sans légende, mais dans un passage où il est question d’Henry Spiess, le poète suisse estimé et frère de Camille, est en effet celle d’Édouard Rod.

M. Curtet a en outre la gentillesse de fournir une photo avec une mention manuscrite qui apporte la preuve de l’erreur : Henry Spiess est alité, Edouard Rod étant le visiteur au chevet du malade.

Par respect envers les mânes d’Henry Spiess et envers ses admirateurs, je me fais un devoir de reproduire deux tableaux représentant ce poète que m’a transmis M. Curtet :

Mes remerciement les plus vifs à Jean-Christophe Curtet et toutes mes excuses aux lecteurs du Bulletin hors-série n°4.

J-C F.

Clément d’Astanières au musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan

 

Grâce au legs des petits-fils de Pierre Gillet, régisseur et héritier de l’ancien domaine La Savane à Capbreton où le comte d’Astanières avait vécu à la fin de sa vie, le musée Despiau-Wlérick de Mont de Marsan abrite désormais 19 sculptures plus une cinquantaine d’aquarelles de Clément d’Astanières.

Un petit article du BTQ-F n° 10 qui paraîtra le 15 mai reviendra sur cet événement.

M. Jean-Claude Gillet, professeur honoraire des universités et l’un des donateurs, prononcera une conférence sur l’artiste le 21 avril dans une salle du musée.

Affiche annonçant cette conférence.

Pour les lecteurs qui souhaitent mieux connaître le comte Clément d’Astanières et son œuvre, nous renvoyons au BTQ-F2 (2016) et au Bulletin Q-F hors-série n°3, ainsi qu’au livre de M. Jean-Claude Gillet.

Nouveau Bulletin Hors-série

Jacques d'Adelswärd-Fersen

Jacques d’Adelswärd-Fersen vers 1910

 

La sortie de la biographie intitulée Jacques d’Adelswärd-Fersen, l’insoumis de Capri (Séguier, 2018) par Viveka Adelswärd et Jacques Perot, ravive l’intérêt pour un écrivain et un poète beaucoup plus estimable et plus profond que ce que certains critiques ont écrit sans guère lire ses œuvres.
Cette récente biographie, riche en nouveaux éléments, marque une étape dans la connaissance du « baron Jacques », une connaissance dont on se réjouira de savoir qu’elle est toujours en progrès.

Le 4e Bulletin Q-F hors-série montre que de nouveaux documents ou de nouvelles photos viennent encore – et  pourront encore venir – éclairer ce personnage, si attachant par sa destinée tragique, que fut Jacques d’Adelswärd-Fersen.

Hors-série n°4 (12, 7 Mo) : Le très singulier Camille Spiess. Ses relations avec Jacques d’Adelswärd-Fersen.

Note : Ce bulletin hors-série a été corrigé le 2/04/2018 à 9h30.

Très triste nouvelle

Will H.L. Ogrinc nous a quittés le matin du 21 mars 2018, après une brutale et courte maladie. Le diagnostic de son cancer des poumons lui avait été annoncé lors de l’hospitalisation à Utrecht, qui avait suivi la grande fatigue éprouvée à son retour de courtes vacances passées en Allemagne au début de l’automne dernier. Ses médecins lui avaient déclaré sans ambages que son cancer était inopérable et qu’il y avait peu d’espoir de survivre. Il avait malgré tout supporté avec un stoïcisme admirable trois séances de chimiothérapie.

La bibliographie sur laquelle il avait travaillé pendant presque vingt ans avec une grande rigueur et une parfaite honnêteté lui survivra. Malgré quelques petites divergences de vue entre lui et moi, elle avait conforté notre amitié.

Will Ogrinc avait été très affecté, comme je l’avais été moi-même, en décembre 2015, par la mort de Willem van der Molen. C’est maintenant à son tour de nous causer du chagrin.

Ci-joint le faire part en néerlandais de sa famille

Nécrologie

Le grand critique d’art, peintre et plasticien qu’était Yvon Taillandier est mort le 3 mars dernier à Avignon, à l’âge de 91 ans.

Rappelons que c’est Renaud Icard (dont Mon Page, que nous avons édité en 2009, a été préfacé par Yvon Taillandier) qui a mis le pied à l’étrier à Yvon Taillandier et lui a donné l’occasion d’exprimer ses talents, ainsi que l’artiste l’a lui-même reconnu dans ses mémoires.

Nous aurons peut-être l’occasion de reparler des relations Icard-Taillandier, qui ne furent pas, comme Renaud Icard l’aurait souhaité, des relations de maître à disciple.

Jean-Claude Féray

La traduction française de l’article de Bethe est parue

1ère de couverture L'amour chez les DoriensCe texte d’Erich Bethe, traduit pour la première fois en français, a fait sensation et a été l’objet de critiques comme de louanges dès sa parution en 1907 : Magnus Hirschelfd y fait référence à plusieurs reprises dans son magistral opus Die Homosexualität des Mannes und des Weibes. On tient Die Griechische Knabenliebe du philologue classique Harald Patzer (1982) pour un prolongement et un aboutissement du travail de Bethe.

Cette édition est enrichie de notes secondaires qui consistent essentiellement en passages d’une traduction française des textes grecs auxquels Bethe se référait, textes qui étaient tous connus des érudits auxquels le philologue allemand s’adressait, et que les jeunes lecteurs français auront plaisir à découvrir.

Bulletin trimestriel Q-F n°9

Sommaire du Bulletin trimestriel Q-F n°9 (15,9 Mo)

[Histoire des mœurs] – Le consul autrichien et l’amour des garçons : un texte oublié traduit ici pour la première fois en français.

[Histoire des religions ] – Attitude du zoroastrisme vis-à-vis de l’homosexualité, résumée par Westermack.

[Notice biographique] – Le Dr Alexis Épaulard (1878-1949).

[Libre expression] – L’affaire Harvey Weinstein et nous.

[Histoire des mœurs] – L’homosexualité et la prostitution des garçons au XVIe siècle rapportées par Jean-Léon l’Africain dans sa Description de l’Afrique.

Annonce (suite) de la traduction de « die dorische Knabenliebe » d’Erich Bethe

Ganymède

Dans notre annonce précédente, nous avons parlé d’un avant et d’un après l’article die dorische Knabenliebe d’Erich Bethe publié en 1907. Voici un témoignage intéressant du changement qu’a produit chez les hellénistes et les sexologues cet article :

Au début de la décennie 1920, le philologue Willem Kroll (1869-1939) qui fut avec August Pauly et Georg Wissowa l’un des directeurs de la nouvelle édition de l’Encyclopédie allemande concernant l’Antiquité classique (Realenzyklopädie der klassischen Altertumswissenschaft, mieux connue sous le nom d’Encyclopédie Pauly) rédigea l’article Knabenliebe (Amour des garçons) pour le tome XI de cette encyclopédie (pp. 897-906).

Un de ses collègues philologue parmi les plus remarquables, Paul Brandt (1875-1929), qui publia sous le pseudonyme de Hans Licht (un pseudonyme censé protéger sa carrière universitaire mais qui ne le mit pas à l’abri d’une dénonciation) rédigea une recension* sévère sur cet article de « l’Encyclopédie Pauly ». Il faut relever le passage suivant concernant la paidérastie dorienne et la contribution d’Erich Bethe :

« Kroll mentionne, mais sans en apprécier pleinement l’importance, le brillant travail d’Erich Bethe, qui a prouvé (et de manière absolument convaincante pour moi) que même dans l’acte physique de l’immissio penis in anum le symbolisme archaïque, selon lequel la semence était porteuse de la vertu de l’homme, jouait un rôle. »

Hans Licht avait lui-même rédigé plusieurs livres sur cette forme d’amour dont l’un qu’il cite dans sa recension très critique : Der παίδων ἔρως (Knabenliebe) in der griechischen Literatur.

Et dans cette même recension, Licht, qui fut aussi un estimable historien de l’art, n’hésita pas, non seulement à critiquer l’analyse que Willem Kroll donnait de l’origine de l’amour des garçons, mais à fournir sa propre analyse décapante :

« L’amour des garçons chez les Grecs de l’Antiquité s’explique tout naturellement par deux prémisses : d’une part, il est un fait incontestable que le garçon et l’adolescent représentent, d’un point de vue purement esthétique, le plus bel épanouissement des sexes (1) ; d’autre part, l’amour n’est rien de plus qu’un désir de beauté. Et dans la mesure où les Grecs voyaient la plus grande beauté chez le garçon, il voyait aussi en lui l’objet le plus digne d’amour. Si l’on parvient à se libérer de préjugés séculaires et que l’on accepte ces deux prémisses, alors on remarquera que la représentation de « quelque chose de contraire » s’estompe peu à peu, et que l’amour des garçons chez les Grecs nous apparaît comme une production parfaitement naturelle de leur univers mental. »

(1) Hans Licht écrit en fait plus simplement « le plus beau des sexes ». Et il ajoute la note suivante :  « Ce que même un adorateur invétéré de la femme comme Goethe a reconnu ; Cf : Conversations avec le chancelier Friedrich von Müller, n ° 265, 7 avril 1830 ; “Sur une échelle purement esthétique, l’homme est plus beau, plus exquis, plus accompli que la femme”. D’autres témoignages de Goethe sont mentionnés dans la note 2 dudit livre, et p. 20 et suivantes. »

*Hans Licht – Knabenliebe. Zeitschrift für Sexualwissenschaft. Bd IX, April 1922-März 1923, pp. 53-56.

Une traduction qui s’imposait, à paraître en mars prochain

L’inexistence d’une traduction française du texte d’Erich Bethe Die dorische Knabenliebe, ihre Ethik, ihre Idee [L’amour des garçons chez les Doriens, leur morale, leurs idées], explique que la rupture introduite par ce philologue allemand dans les études sexologiques et helléniques soit restée presque totalement méconnue en France.

J’en veux pour preuve la page Wikipedia française consacrée à la pédérastie : malgré sa longueur exubérante, cette page ne cite pas une seule fois le nom de Bethe. Pourtant, on peut dire, sans exagération, qu’il y a un avant et un après Erich Bethe, un avant et un après son article publié en 1907. De sorte qu’il est aussi choquant de lire une page sur la pédérastie ne citant pas le nom d’Erich Bethe qu’une page consacrée au jansénisme qui ne citerait pas une seule fois le nom de Blaise Pascal.

C’est pourquoi Quintes-feuilles a décidé de publier la traduction française de ce texte de Bethe extrêmement important en dépit de sa brièveté (38 pages denses dans sa version originale, publiée dans la revue Rheinisches Museum für Philologie de Leipzig).

La présentation de L’amour des garçons chez les Doriens, leur morale, leurs idées expliquera en quoi la contribution d’Erich Bethe a constitué une vraie rupture.

Nous essaierons aussi de répondre à une interrogation légitime : pourquoi diable Georges Hérelle, sous le pseudonyme de R.-L. de Pogey-Castries, a-t-il choisi de traduire en français, en l’enrichissant considérablement, un texte antérieur, le vieil article (1837) de M.H.E Meier, d’une érudition laborieuse mais qui n’a pas la portée considérable du texte de Bethe ? Hérelle aurait-il été choqué par l’un des volets – le plus sujet à controverses, mais pas le plus contesté aujourd’hui, paradoxalement – de l’apport d’Erich Bethe sur la paidérastie dorienne, basé sur des considérations lexicographiques et anthropologiques ?

La plupart des « grands traités » concernant l’amour grec (ceux de Meier & Pogey-Castries ; de Félix Buffière ; de Kenneth Dover…) se présentent comme des catalogues certes très méritants, mais à l’érudition souvent rébarbative, qu’on n’a guère envie de lire de manière linéaire, de la première à la dernière page : ils se consultent plutôt comme une encyclopédie ou un dictionnaire qu’on feuillette, en « butinant » par-ci par-là un paragraphe. Rien de tel avec l’article d’Erich Bethe, qui mérite vraiment d’être appelé essai : il s’agit d’un texte stimulant sur le plan intellectuel, qui vise une démonstration, et qu’on dévore du début à la fin. S’il fallait ne recommander à un « honnête homme du XIXe siècle » pressé et suroccupé, qu’un seul texte à lire, pour sa culture, sur la paidérastie grecque, ce serait, sans conteste, l’essai d’Erich Bethe : ce texte court, dense, tonique, remplace avantageusement, pour l’homme du XXIe siècle à la vie trépidante, les traités-catalogues cités plus haut.

Au moment de la création de Quintes-feuilles, nous avions voulu donner une orientation fondamentalement historique à cette micro-structure éditrice. Nous n’avons jamais eu plus le sentiment de répondre à cette vocation initiale qu’en publiant ce texte de Bethe que nous tenons pour fondamental.

 

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