Bulletin trimestriel Q-F n°9

Sommaire du Bulletin trimestriel Q-F n°9 (15,9 Mo)

[Histoire des mœurs] – Le consul autrichien et l’amour des garçons : un texte oublié traduit ici pour la première fois en français.

[Histoire des religions ] – Attitude du zoroastrisme vis-à-vis de l’homosexualité, résumée par Westermack.

[Notice biographique] – Le Dr Alexis Épaulard (1878-1949).

[Libre expression] – L’affaire Harvey Weinstein et nous.

[Histoire des mœurs] – L’homosexualité et la prostitution des garçons au XVIe siècle rapportées par Jean-Léon l’Africain dans sa Description de l’Afrique.

Information

Affiche de l'exposition d'Astanières

 

Les amateurs de l’œuvre du comte Clément d’Astanières (dont il a été question dans nos Bulletins à deux reprises) seront heureux d’apprendre qu’une exposition consacrée à cet artiste se tient en ce moment et jusqu’au 10 mars prochain à la

Maison de l’Oralité et du Patrimoine

54, avenue du Général De Gaulle, à Capbreton.

Jean-Claude Gillet, petit-fils du régisseur de « La Savane » à qui Clément d’Astanières avait légué ce domaine, fera une conférence le jeudi 8 février à 18 heures sur le lieu de l’exposition.

Entrée libre – Tout public

Annonce (suite) de la traduction de « die dorische Knabenliebe » d’Erich Bethe

Ganymède

Dans notre annonce précédente, nous avons parlé d’un avant et d’un après l’article die dorische Knabenliebe d’Erich Bethe publié en 1907. Voici un témoignage intéressant du changement qu’a produit chez les hellénistes et les sexologues cet article :

Au début de la décennie 1920, le philologue Willem Kroll (1869-1939) qui fut avec August Pauly et Georg Wissowa l’un des directeurs de la nouvelle édition de l’Encyclopédie allemande concernant l’Antiquité classique (Realenzyklopädie der klassischen Altertumswissenschaft, mieux connue sous le nom d’Encyclopédie Pauly) rédigea l’article Knabenliebe (Amour des garçons) pour le tome XI de cette encyclopédie (pp. 897-906).

Un de ses collègues philologue parmi les plus remarquables, Paul Brandt (1875-1929), qui publia sous le pseudonyme de Hans Licht (un pseudonyme censé protéger sa carrière universitaire mais qui ne le mit pas à l’abri d’une dénonciation) rédigea une recension* sévère sur cet article de « l’Encyclopédie Pauly ». Il faut relever le passage suivant concernant la paidérastie dorienne et la contribution d’Erich Bethe :

« Kroll mentionne, mais sans en apprécier pleinement l’importance, le brillant travail d’Erich Bethe, qui a prouvé (et de manière absolument convaincante pour moi) que même dans l’acte physique de l’immissio penis in anum le symbolisme archaïque, selon lequel la semence était porteuse de la vertu de l’homme, jouait un rôle. »

Hans Licht avait lui-même rédigé plusieurs livres sur cette forme d’amour dont l’un qu’il cite dans sa recension très critique : Der παίδων ἔρως (Knabenliebe) in der griechischen Literatur.

Et dans cette même recension, Licht, qui fut aussi un estimable historien de l’art, n’hésita pas, non seulement à critiquer l’analyse que Willem Kroll donnait de l’origine de l’amour des garçons, mais à fournir sa propre analyse décapante :

« L’amour des garçons chez les Grecs de l’Antiquité s’explique tout naturellement par deux prémisses : d’une part, il est un fait incontestable que le garçon et l’adolescent représentent, d’un point de vue purement esthétique, le plus bel épanouissement des sexes (1) ; d’autre part, l’amour n’est rien de plus qu’un désir de beauté. Et dans la mesure où les Grecs voyaient la plus grande beauté chez le garçon, il voyait aussi en lui l’objet le plus digne d’amour. Si l’on parvient à se libérer de préjugés séculaires et que l’on accepte ces deux prémisses, alors on remarquera que la représentation de « quelque chose de contraire » s’estompe peu à peu, et que l’amour des garçons chez les Grecs nous apparaît comme une production parfaitement naturelle de leur univers mental. »

(1) Hans Licht écrit en fait plus simplement « le plus beau des sexes ». Et il ajoute la note suivante :  « Ce que même un adorateur invétéré de la femme comme Goethe a reconnu ; Cf : Conversations avec le chancelier Friedrich von Müller, n ° 265, 7 avril 1830 ; “Sur une échelle purement esthétique, l’homme est plus beau, plus exquis, plus accompli que la femme”. D’autres témoignages de Goethe sont mentionnés dans la note 2 dudit livre, et p. 20 et suivantes. »

*Hans Licht – Knabenliebe. Zeitschrift für Sexualwissenschaft. Bd IX, April 1922-März 1923, pp. 53-56.

Une traduction qui s’imposait, à paraître en mars prochain

L’inexistence d’une traduction française du texte d’Erich Bethe Die dorische Knabenliebe, ihre Ethik, ihre Idee [L’amour des garçons chez les Doriens, leur morale, leurs idées], explique que la rupture introduite par ce philologue allemand dans les études sexologiques et helléniques soit restée presque totalement méconnue en France.

J’en veux pour preuve la page Wikipedia française consacrée à la pédérastie : malgré sa longueur exubérante, cette page ne cite pas une seule fois le nom de Bethe. Pourtant, on peut dire, sans exagération, qu’il y a un avant et un après Erich Bethe, un avant et un après son article publié en 1907. De sorte qu’il est aussi choquant de lire une page sur la pédérastie ne citant pas le nom d’Erich Bethe qu’une page consacrée au jansénisme qui ne citerait pas une seule fois le nom de Blaise Pascal.

C’est pourquoi Quintes-feuilles a décidé de publier la traduction française de ce texte de Bethe extrêmement important en dépit de sa brièveté (38 pages denses dans sa version originale, publiée dans la revue Rheinisches Museum für Philologie de Leipzig).

La présentation de L’amour des garçons chez les Doriens, leur morale, leurs idées expliquera en quoi la contribution d’Erich Bethe a constitué une vraie rupture.

Nous essaierons aussi de répondre à une interrogation légitime : pourquoi diable Georges Hérelle, sous le pseudonyme de R.-L. de Pogey-Castries, a-t-il choisi de traduire en français, en l’enrichissant considérablement, un texte antérieur, le vieil article (1837) de M.H.E Meier, d’une érudition laborieuse mais qui n’a pas la portée considérable du texte de Bethe ? Hérelle aurait-il été choqué par l’un des volets – le plus sujet à controverses, mais pas le plus contesté aujourd’hui, paradoxalement – de l’apport d’Erich Bethe sur la paidérastie dorienne, basé sur des considérations lexicographiques et anthropologiques ?

La plupart des « grands traités » concernant l’amour grec (ceux de Meier & Pogey-Castries ; de Félix Buffière ; de Kenneth Dover…) se présentent comme des catalogues certes très méritants, mais à l’érudition souvent rébarbative, qu’on n’a guère envie de lire de manière linéaire, de la première à la dernière page : ils se consultent plutôt comme une encyclopédie ou un dictionnaire qu’on feuillette, en « butinant » par-ci par-là un paragraphe. Rien de tel avec l’article d’Erich Bethe, qui mérite vraiment d’être appelé essai : il s’agit d’un texte stimulant sur le plan intellectuel, qui vise une démonstration, et qu’on dévore du début à la fin. S’il fallait ne recommander à un « honnête homme du XIXe siècle » pressé et suroccupé, qu’un seul texte à lire, pour sa culture, sur la paidérastie grecque, ce serait, sans conteste, l’essai d’Erich Bethe : ce texte court, dense, tonique, remplace avantageusement, pour l’homme du XXIe siècle à la vie trépidante, les traités-catalogues cités plus haut.

Au moment de la création de Quintes-feuilles, nous avions voulu donner une orientation fondamentalement historique à cette micro-structure éditrice. Nous n’avons jamais eu plus le sentiment de répondre à cette vocation initiale qu’en publiant ce texte de Bethe que nous tenons pour fondamental.

 

Bulletin trimestriel Q-F n° 8

Dessin de Michel Gourlier

Sommaire du BTQ-F8 (14,6 Mo) :

[Histoire et psychologie] – Un fameux passage des Mémoires de l’empereur Baber commenté par Marc-André Raffalovich.

[Cinéma] – Une histoire d’ « amitié particulière » au cinéma : L’Amour du Siam (รักแห่งสยาม, 2007).

[Littérature] – Un poème émouvant de Renaud Icard.

[Libre expression] – Quelques remarques sur la pédérastie par Téméraire.

[Recension] – Des éclairages nouveaux sur le Roman d’un inverti que Zola et Laupts ont rendu célèbre.

Bulletin Quintes-feuilles hors-série n°3

L'enant à la vague à Capbreton

 

 

 

Ce bulletin hors-série n°3 (15,4 Mo) apporte du nouvelles informations sur les œuvres du comte Clément d’Astanières (1841-1918), sur ses deux principaux modèles, Georges Arthur Gillet et Arthur Pierre Gillet et sur le devenir de ces personnages.

 

NB : version corrigée de petites erreurs mise en ligne ce 27/10/17 à 15:00 h

Souvenons-nous

Il y a deux ans aujourd’hui, 20 septembre, P.-O. (le garçon dont j’avais préféré cacher le nom en le prénommant Paul-Alexis), désemparé par les menaces que ses choix amoureux innocemment dévoilés par lui-même avaient provoquées, a choisi la pire et la plus radicale des solutions.
Il aurait eu cette année 18 ans.
Ne pas l’oublier, se remémorer les circonstances de sa mort, réfléchir sur les responsabilités de chacun, c’est sauver son geste du nihilisme absolu et contribuer à donner un sens à sa vie trop courte.

En souvenir de lui, écoutons cette Danse des esprits bienheureux extrait de l’opéra Orphée et Eurydice de Gluck (dans une transcription pour piano de Sgambati) joué par le jeune Maxim Golubev :


Annonce d’un événement éditorial exceptionnel

À l’heure des moteurs de recherche, des bibliothèques et des livres numérisés en ligne, il semblerait assez paradoxal – et en tout cas relativement peu judicieux – de publier une bibliographie fouillée sur un sujet pointu.

En revanche, publier, en un seul volume, un outil bibliographique de travail qui embrasserait l’ensemble des disciplines qui touchent à l’enfance et à l’adolescence, sous des aspects aussi divers que l’art (dont la photographie, la musique, la danse), la littérature, la sociologie, la psychologie, la psychiatrie, la médecine, les amours associées à ces âges (en termes plus précis : éphébophilie, hébéphilie, pédophilie) les affaires de mœurs, l’histoire, etc., présente un intérêt évident pour tous les spécialistes autant que pour les érudits.

Quintes-feuilles a donc décidé de publier le fruit de 20 années de recherches documentaires que le néerlandais Will L.H. Ogrinc, aidé de quelques amis, a rassemblé en un document de 1040 pages (au format 20 x 26 cm) intitulé : Boyhood and Adolescence, Ephebophilia, Hebephilia, pædophilia : A Selective Bibliography.

Une cinquantaine de langues sont présentes dans cet ouvrage qui est structuré comme toute bonne bibliographie, avec des renvois qui permettent d’épuiser toutes les facettes d’un sujet pointu. Sa couverture temporelle va du XVIe siècle à nos jours.

Ce pavé d’érudition trouvera sa place dans toutes les bonnes bibliothèques, car ses usages sont multiples : par exemple, on peut y découvrir les vrais noms qui se cachent derrière les pseudonymes littéraires (sauf exception, pour des personnes vivantes qui désirent que leur nom ne soit pas divulgué).

L’ouvrage paraîtra avant la fin septembre et sera vendu au prix de 47 euros, les frais de port étant compris, jusqu’à la fin de cette année, à titre promotionnel. À compter de janvier 2018, les frais de port, aux tarifs postaux de l’année nouvelle (sans cesse augmentés par l’administration de la poste française…), devront être ajoutés pour l’achat de ce livre, dont le poids avoisine les deux kilos.

Note à propos d’un nouveau tirage de l’édition Q-F de Dédé d’Achille Essebac


Nous avons mis à profit la nécessité d’un nouveau tirage de notre édition de Dédé (le premier tirage étant épuisé) pour nous rapprocher davantage de la deuxième version qu’avait donnée Achille Essebac de son roman. Quoique discrètes, ces modifications reflètent la volonté de l’auteur d’exprimer encore plus franchement l’amour qui rattachait le narrateur du récit à André Dalio.

Nous avons aussi reproduit, en dimensions réduites, cinq des dessins réalisés par Georges Ferdinand Bigot pour l’édition illustrée de Dédé, dont quatre sont des paysages qui introduisent une touche de nostalgie en accord avec ce beau roman.

Une présentation différente a permis de diminuer le nombre de pages à 222 (contre 256 pour le premier tirage), le prix restant inchangé.

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