Annonce (suite) de la traduction de « die dorische Knabenliebe » d’Erich Bethe

Ganymède

Dans notre annonce précédente, nous avons parlé d’un avant et d’un après l’article die dorische Knabenliebe d’Erich Bethe publié en 1907. Voici un témoignage intéressant du changement qu’a produit chez les hellénistes et les sexologues cet article :

Au début de la décennie 1920, le philologue Willem Kroll (1869-1939) qui fut avec August Pauly et Georg Wissowa l’un des directeurs de la nouvelle édition de l’Encyclopédie allemande concernant l’Antiquité classique (Realenzyklopädie der klassischen Altertumswissenschaft, mieux connue sous le nom d’Encyclopédie Pauly) rédigea l’article Knabenliebe (Amour des garçons) pour le tome XI de cette encyclopédie (pp. 897-906).

Un de ses collègues philologue parmi les plus remarquables, Paul Brandt (1875-1929), qui publia sous le pseudonyme de Hans Licht (un pseudonyme censé protéger sa carrière universitaire mais qui ne le mit pas à l’abri d’une dénonciation) rédigea une recension* sévère sur cet article de « l’Encyclopédie Pauly ». Il faut relever le passage suivant concernant la paidérastie dorienne et la contribution d’Erich Bethe :

« Kroll mentionne, mais sans en apprécier pleinement l’importance, le brillant travail d’Erich Bethe, qui a prouvé (et de manière absolument convaincante pour moi) que même dans l’acte physique de l’immissio penis in anum le symbolisme archaïque, selon lequel la semence était porteuse de la vertu de l’homme, jouait un rôle. »

Hans Licht avait lui-même rédigé plusieurs livres sur cette forme d’amour dont l’un qu’il cite dans sa recension très critique : Der παίδων ἔρως (Knabenliebe) in der griechischen Literatur.

Et dans cette même recension, Licht, qui fut aussi un estimable historien de l’art, n’hésita pas, non seulement à critiquer l’analyse que Willem Kroll donnait de l’origine de l’amour des garçons, mais à fournir sa propre analyse décapante :

« L’amour des garçons chez les Grecs de l’Antiquité s’explique tout naturellement par deux prémisses : d’une part, il est un fait incontestable que le garçon et l’adolescent représentent, d’un point de vue purement esthétique, le plus bel épanouissement des sexes (1) ; d’autre part, l’amour n’est rien de plus qu’un désir de beauté. Et dans la mesure où les Grecs voyaient la plus grande beauté chez le garçon, il voyait aussi en lui l’objet le plus digne d’amour. Si l’on parvient à se libérer de préjugés séculaires et que l’on accepte ces deux prémisses, alors on remarquera que la représentation de « quelque chose de contraire » s’estompe peu à peu, et que l’amour des garçons chez les Grecs nous apparaît comme une production parfaitement naturelle de leur univers mental. »

(1) Hans Licht écrit en fait plus simplement « le plus beau des sexes ». Et il ajoute la note suivante :  « Ce que même un adorateur invétéré de la femme comme Goethe a reconnu ; Cf : Conversations avec le chancelier Friedrich von Müller, n ° 265, 7 avril 1830 ; “Sur une échelle purement esthétique, l’homme est plus beau, plus exquis, plus accompli que la femme”. D’autres témoignages de Goethe sont mentionnés dans la note 2 dudit livre, et p. 20 et suivantes. »

*Hans Licht – Knabenliebe. Zeitschrift für Sexualwissenschaft. Bd IX, April 1922-März 1923, pp. 53-56.