Attaques contre l’Église catholique pour des affaires de mœurs : le précédent nazi

« Plus de 200 témoins et victimes » titre l’Obs à propos de la communauté de Riaumont, ultra-catholique, et haïe par certains pour son intégrisme ; Riaumont que l’Obs dit se trouver « au cœur d’un scandale de pédophilie ».

Les attaques inlassablement réitérées depuis des décennies contre l’Église catholique, via les médias, pour des affaires dites de « pédophilie » (attaques dont beaucoup proviennent des pays anglo-saxons majoritairement protestants) nous invitent à rechercher et à examiner des précédents historiques. « Comparaison n’est pas raison » dit-on, mais comparer permet de dégager quelques éléments propres à alimenter une réflexion utile.

Il se trouve que la campagne nazie, l’un des plus remarquables et des plus instructifs d’entre ces précédents, est relativement méconnue ou occultée en France : aucune page Wikipédia ni en langue française ni en langue anglaise ne l’évoque, alors qu’il en existe une, bien évidemment, en langue allemande ; on remarquera que cette page n’a été traduite que pour le Wikipédia espagnol. Il s’agit des poursuites judiciaires contre les membres d’ordres monastiques et les prêtres catholiques survenues en Allemagne de 1935 à 1937 et connues sous l’appellation de Klosterprozesse [1].

À l’aide du fameux paragraphe 175 du Code pénal allemand qui visait les actes « contre nature » commis entre hommes, l’attaque initiale fut lancée en avril 1935 contre une congrégation religieuse dont le siège se trouvait en Rhénanie-Palatinat, à Waldbreitbach : la Congrégation des Frères Franciscains de la Sainte-Croix.

L’enquête qui pointait les actes de débauche entre moines et novices commis au sein de cette congrégation à Waldbreitbach fut très vite élargie aux autres ordres religieux et aux prêtres catholiques, et s’étendit aux actes impliquant des enfants visés par le paragraphe 174 du Code pénal allemand : c’est le volet « pédophilie » de l’affaire, le seul dont la justice pourrait se prévaloir aujourd’hui, le paragraphe 175 ayant été aboli en Allemagne en 1994.

L’enquête dura jusqu’à l’automne. Pendant qu’elle se déroulait, en juin 1935, le paragraphe 175 connut d’ailleurs une nouvelle mouture plus répressive par extension du champ de son application.

La Congrégation des Frères Franciscains de la Sainte-Croix avait été fondée en 1862 et s’était rapidement développée. Comme beaucoup d’autres congrégations (la tradition remonte au moyen-âge), elle s’occupait de personnes handicapées, d’orphelins et de malades mentaux dans plusieurs établissement qu’elle gérait. Afin de financer son fonctionnement, elle avait emprunté de l’argent, malheureusement en d’autres devises que le Mark, et versait par conséquent des intérêts en monnaies étrangères. Cela déplaisait beaucoup aux autorités financières nationales-socialistes qui avaient fait voter des taxes élevées et des contrôles rigoureux assortis d’amendes très lourdes pour les erreurs comptables les plus insignifiantes. Les poursuites pour infractions aux lois sur les changes monétaires finirent par étrangler les finances des activités socio-médicales de la congrégation. Celle-ci se déclara en faillite en 1936, ce qui permit à l’État national-socialiste de racheter à bas prix l’un des établissements pour hommes et garçons mentalement handicapés, le foyer St Joseph à Waldniel dont les frères s’occupaient depuis 1913. L’État mit d’abord en place un programme de stérilisation par castration, qui fut suivi d’un programme d’euthanasie.

Si la Congrégation des Frères Franciscains de la Sainte-Croix fut la première à subir des enquêtes pour des délits de mœurs, on estime qu’elle ne représente que le dixième de l’ensemble des enquêtes menées en Allemagne contre l’Église catholique en 1935.

Ces enquêtes ne furent pas seulement menées par le ministère public, mais aussi par la Gestapo qui avait créé un département spécialement dédié à l’homosexualité dans les Bureaux de la police politique. Bien que le rôle de la Gestapo fût en principe de seconder le parquet, dans les faits, la Gestapo se considéra comme responsable de l’instruction dans ces affaires de mœurs.

Le procès contre l’un des frères responsable de la congrégation de Waldbreitbach, le père Leovigild, s’ouvrit en 1936, à Coblence. Le procès fut interrompu par les fameux Jeux Olympiques de Berlin (tenus du 1er au 16 août 1936, inaugurés en présence d’Adolf Hitler et immortalisés par le film les Dieux du Stade)[2] et reprit jusqu’en 1937 sans aboutir à une condamnation. Les autres procès s’achevèrent par la condamnation de 64 prêtres et de 170 moines à une peine comprise entre un et deux ans d’emprisonnement.

Il faut noter que l’Église, de son côté, mena sa propre procédure judiciaire, ce qui aboutit par exemple, pour la congrégation de Waldbreitbach, à l’exclusion de 31 prêtres.

Goebbels

Cette série de procès fut accompagnée d’une campagne de dénigrement de l’Église catholique, sur la base des mœurs attribuées à son clergé, campagne organisée via la presse comme une propagande d’État. Le ministre de l’Éducation de la jeunesse et de la propagande, Joseph Goebbels, tint, le 28 mai 1937, un discours mémorable sur le sujet, retransmis par la radio et diffusé dès le lendemain dans les journaux sous le titre « Letzte Warnung! » [dernier avertissement !]  Le clergé, présenté par Goebbels comme « prédateur de la jeunesse », aurait organisé, selon lui, « l’extermination morale » de milliers d’enfants et de malades.

Il faut savoir qu’un traité signé le 20 juillet 1933 entre le Saint-Siège et le Reich garantissait la place de l’Église catholique romaine au sein du Reich allemand. L’objectif visé par Goebbels en présentant le clergé dans son ensemble comme immoral, était de revenir sur ce concordat et d’écarter les religieux de tout le système éducatif allemand.

Les médias français, on le voit, vont à bonne école.

Jean-Claude Féray

Illustration

Le titre Gehe hin und hüte meine — est une parodie de la parole de Jésus à saint Jean : « va et prends soin de mes brebis » où le mot brebis est supprimé : on voit qu’en fait de brebis il s’agit de cochons.

Der Ober-Hirte : le chef des bergers.

Transcription et traduction des textes inscrits sur les porcs :

Verwaltigung sadistiche Orgien in Klöstern : Viol – Orgies sadiques dans des monastères.

Unzucht wider die Natur in Gotteshaüsern : Fornication contre nature dans des lieux de culte.

Mißbrauch von Kindern und Schwachsinnigen : Abus sur enfants et sur personnes débiles.

 

[1] Ou, comme l’indique la page Wikipédia de langue allemande consacrée à ces procès,  de Sittlichkeitsprozesse gegen Ordensangehörige und Priester [Procès contre les membres d’ordre religieux et les prêtres pour atteintes aux bonnes mœurs].

[2] Les lecteurs fidèles de Quintes-feuilles se souviennent sûrement qu’Achille Bécasse dit Achille Essebac est mort le jour même de l’ouverture de ces fameux jeux, le 1er août 1936.