Carleton Gajdusek, le site d’Arte et la censure

Le site d’Arte diffuse encore jusqu’au 7 février, sous le titre Le savant et les garçons un film très intéressant sur le destin du chercheur américain, prix Nobel de médecine, Carleton Gajdusek (1923-2008) :
http://www.arte.tv/guide/fr/037275-000-A/le-savant-et-les-garcons

Je commenterai longuement ce film dans le BTQ-F6 à paraître au mois de mai prochain.

En attendant, voici le commentaire que j’avais rédigé sur le site de la chaîne Arte au sujet de sa présentation de ce film. Ce commentaire, que j’avais pris la peine de soumettre sous mon propre nom et via une procédure fastidieuse de vérifications, a été affiché environ deux minutes avant d’être censuré :
[Mise à jour : mon commentaire ayant réapparu sur le site d’Arte présentant le film sur la vie de Gajdusek, il convient de corriger les mots censure et censuré. Mon message n’a pas été censuré, il a simplement disparu provisoirement dans les méandres des processus informatiques.]
[Seconde mise à jour : il y a bien une censure exercée dans les commentaires sur la page d’Arte. En effet, trois réponses que j’ai rédigées sur un ton modéré, réponses plus informatives que polémiques, apportées aux trois interventions qui ont suivi la mienne, ont disparu et ne sont pas affichées 48 heures après leur rédaction. Abstraction faite de l’impolitesse que cela suppose de ma part à ne pas répondre à une intervenante qui me posait une question, cela n’a guère d’importance à mes yeux : ce que j’ai à dire, c’est-à-dire un commentaire sur le film Le Savant et les garçons le sera dans le Bulletin trimestriel n°6 qui paraitra en mai prochain.]

Je me permets de dénoncer deux imprécisions langagières dans le commentaire ci-dessus, qui me paraissent écrites, sciemment pour la première, inconsciemment pour la seconde :

1°) Gajdusek n’a pas « découvert la particule infectieuse qu’on appellera prion » : il a eu l’énorme mérite de décrire une maladie jusqu’alors inconnue, le kuru, a montré son caractère infectieux atypique et la lenteur exceptionnelle de sa progression (d’où le nom de « virus lent » et d’ « agent non conventionnel »). Il a permis à la médecine d’accomplir un grand pas, mais un pas plus important a été franchi grâce à Stanley Prusiner, qui a démontré que l’agent infectieux ne comportait ni ADN ni ARN, mais était une protéine anormale, nommée prion. La rupture avec les connaissances antérieures était dans cette seconde étape.
Il y a donc dans le film une volonté évidente de faire paraître Gajdusek plus génial, plus grand qu’il ne l’était (c’était un homme génial, bien sûr, mais comme l’humanité en a compté beaucoup, heureusement) de manière à faire ressortir, par contraste, son « anormalité ».

2°) Gajdusek n’était pas « pédophile », mais pédéraste, puisqu’il aimait les garçons soit pubères soit impubères. Pour moi, la volonté d’abolir le mot « pédéraste » relève d’une démarche orwellienne : faire disparaître un mot qui correspond à une donnée anthropologique qu’il s’agit d’effacer, au profit d’une réalité floue et ambiguë, toujours condamnable : la pédophilie. Le mot pédéraste fait en effet ressortir entre les deux sexes masculin et féminin une différence fondamentale dont notre société égalitariste et féministe ne veut plus entendre parler. Je développerai cette idée dans le n°5 du Bulletin trimestriel Quintes-feuilles qui sera téléchargeable gratuitement sur le site www.quintes-feuilles.com le 15 février prochain.

Jean-Claude Féray