Du nouveau sur François Roch Ferré

Registre écrou

Registre d’écrou de la ville de Châteaudun

François Roch Ferré est cet instituteur, arrêté en 1842 pour attouchements sexuels sur ses élèves, que les éminents aliénistes Alexandre Brierre de Boismont, Guillaume Ferrus et Achille-Louis Foville ont examiné dans le cadre d’une contre-expertise passionnante, laquelle a été publiée dans le premier numéro des Annales médico-psychologiques.

Le cas de François Roch Ferré a été depuis abondamment cité (notamment par Michel Foucault ; Jean-Marie Besset a rédigé une pièce de théâtre au sujet de l’expertise psychiatrique de Ferré) et je lui ai moi-même consacré un article dans la série des six grands procès du XIXe siècle qui ont marqué l’histoire de l’homosexualité (cf. BMQ-F d’avril 2014), en essayant d’apporter des éléments nouveaux.
Hélas, en raison de la destruction (inexplicable) des archives de justice de Chartres et de celles de Châteaudun par un bombardement au cours de la Seconde Guerre mondiale, je n’ai pu disposer comme élément nouveau que du registre d’écrou de la maison d’arrêt de Châteaudun.

Une clé pour retrouver l’État civil de François Roch Ferré dont je découvrais que François était le prénom usuel (et non pas Roch), était la commune de sa naissance, située en Eure-et-Loir. Or, cette clé, comme on peut en juger sur la reproduction ci-dessus, était illisible : on devinait quelque chose comme Myhirnan ou Myhirneun, noms de communes qui n’existent pas.
Le cas de cet instituteur était suffisamment remarquable pour déployer quelque énergie afin de connaître son destin ultérieur. Qu’est devenu ce personnage, capable de tenir des discours libertaires et déconcertants sur la sexualité et tenu pour fou par les aliénistes de son temps ?
Voici des éléments nouveaux dont l’un est suffisamment étonnant pour être susceptible de permettre un réexamen du cas de François Roch Ferré.

L’idée m’est venue de tester à partir des registres d’État civil du département d’Eure-et-Loir les noms vaguement apparentés à celui lu sur le registre d’écrou, en tenant compte d’une naissance de Ferré vers 1809. Par chance, la deuxième commune explorée, Miermaigne, s’est révélée être la bonne. Voici donc une avancée importante sur le personnage singulier que fut François Roch Ferré.

Né à Miermaigne (Eure-et-Loir) le 16 août 1809, François Roch Ferré était le fils d’un tourneur sur bois, Marie Nicolas Ferré, et de Louise Anne Catherine Blereau.

Naiss Ferré

Détail intéressant, le père (alors âgé de 44 ans) comme la mère (alors âgée de 39 ans) étaient tous deux veufs d’un premier mariage. Leur union fut célébrée à Miermaigne le 5 juin 1807.

Rappelons ce que nous apportent comme éléments les aliénistes dans leur expertise : l’éducation scolaire de François Roch à Angers, son instruction complétée au séminaire de Chartres, une réforme de son service militaire à Lyon pour cause de monomanie religieuse et aliénation, un premier poste d’instituteur rempli à Belley où François Roch ne se fit pas remarquer pour des attouchements sur ses élèves mais pour une gifle administrée au maire de la ville pour un manquement à la place sociale qui lui revenait lors d’un service religieux…

Déclaré atteint de folie, et donc irresponsable, par l’expertise conjointe de Brierre de Boismont, Ferrus et Foville (on ne soulignera jamais assez l’humanisme des aliénistes de cette époque), François Roch Ferré a été acquitté et libéré. (Il n’est pas impossible toutefois qu’il ait fait un bref passage à l’asile de Bonneval dont il dépendait comme originaire du département d’Eure-et-Loir).

Mais la surprise vient de la transcription de son acte de décès dans les registres de la commune dont il est originaire : on y apprend que François Roch Ferré a rejoint l’armée d’Afrique (alors qu’il fut déclaré réformé à Lyon) et qu’il est mort de dysenterie le 15 août 1848. Il était entré à l’hôpital militaire de Médéah (Algérie) comme soldat un mois plus tôt, le 11 juillet 1848.

Ci-dessous copie de la transcription de son acte de décès.

Décès Ferré1

Décès Ferré2

Voilà qui devrait relancer l’intérêt pour ce personnage étonnant à beaucoup d’égards.

Jean-Claude Féray