Satyricon



Encolpe et Giton

Extrait du manuscrit inédit (XVIIe siècle) conservé à la Bibliothèque nationale :

[NAF 333 et microfilm 7631.]

Fin de l’épisode de Quartilla : les noces de Giton

Psyché avait déjà couvert la tête de cette petite fille d’un petit voile de couleur de feu ; le baiseur incommode marchait déjà devant avec le flambeau; il y avait déjà devant une suite assez grande de femmes libres et débauchées qui applaudissaient et qui avaient paré le lit nuptial de quelques uns de leurs habits, qui étaient trop souvent témoins d’infamie pour pouvoir reprocher celle qu’on y allait faire. Pour lors, Quartille, qui était trop animée par le plaisir qu’elle voyait prendre, se leva aussitôt, prit Giton et le tira dans la chambre. Il est sûr que cet enfant n’avait pas témoigné grande résistance, et que la petite fille n’avait pas paru fort épouvantée au nom de mariage. Ce pourquoi, comme ils étaient enfermés et couchés ensemble, nous nous arrêtâmes à la porte de la chambre, et Quartille entre autres, faisait passer un regard curieux par une fente qu’on avait faite miraculeusement et considérait tout ce badinage d’enfant avec un empressement et une passion qui marquait le dernier voluptueux. Elle m’attira aussi à ce joli spectacle d’une main qui faisait connaître l’empressement et la crainte qu’elle avait d’apporter le moindre trouble à ce plaisir. Et quoique nous fussions entièrement attachés à voir ce qui se passait, elle faisait pourtant quelques vols légers à sa curiosité pour en enrichir un petit commerce de galanterie. Car dans le moment qu’elle cessait de regarder, elle donnait un tour de tendresse et quelques demi mouvements amoureux à ses lèvres et de temps en temps venait m’accabler comme à la dérobée d’une foule agréable de baisers impétueux.#Elle commençait à se mettre en humeur et à se plaire aux petites faveurs qu’elle me faisait lorsque celles de Giton prenaient fin. Les plus fortes caresses n’allaient plus que sur quelques restes d’une vigueur fort affaiblie, le sommeil était partout de moitié et glissait même petit à petit jusque dans leurs embrassements. Enfin, il les saisit tout à fait. Quel charme n’était-ce pas de les voir endormis tous deux dans ces aimables confusions et ces belles négligences que donnent ordinairement ce plaisir et la faiblesse humaine. Pour Quartille, elle y trouvait des satisfactions si grandes et ses yeux la servaient si bien dans cette rencontre, que, quoique fort peu imaginaire de ce coté-là, elle s’épuisa autant à les voir que les autres s’étaient épuisés à le faire, et qu’elle se retira contre sa coutume dans une résolution de se coucher pour dormir. C’est pour lors que nous approuvâmes de tout notre coeur le mariage de Giton, car nous nous imaginions que la vue de ce badinage pourrait plutôt donner un modèle de plaisir à Quartille qu’un contentement entier. Mais quand nous vîmes, pour notre bonheur, qu’elle se faisait déshabiller sans en chercher d’autre,# nous nous jetâmes sur quelque lit où nous passâmes le reste de la nuit fort tranquillement et sans crainte.

NB : Les dièses (#) figurent dans le manuscrit et bornent les raccords que l’auteur a imaginés au roman mutilé de Pétrone.


À voir également :