Le « cas Pacotte & Raynaud » enfin identifié et sa fin tragique révélée

En 1895, les Drs Pacotte et Raynaud publièrent dans les Archives de l’Anthropologie criminelle l’expertise médico-légale d’un cas de « paidérastie » extrêmement intéressant à plus d’un titre.

En premier lieu, ce cas amena R. von Krafft-Ebing à penser que sa « description princeps » de la pédophilie hétérosexuelle qu’il nomma paidophilia erotica avait une contrepartie homosexuelle (et en l’occurrence rigoureusement homosexuelle).

En second lieu, l’observation des deux experts Pacotte et Raynaud concerne un homme intelligent et éduqué, un «  littéraire », qui tenta de plaider, pour son cas, l’irresponsabilité pénale, soulevant ainsi un débat sur lequel Claude-François Michéa s’était exprimé relativement à François Bertrand (le « sergent nécrophile ») : vaut-il mieux être condamné par la justice comme responsable de ses actes, puis reprendre une vie normale après avoir purgé sa peine, ou mener une existence misérable en asile psychiatrique parce que l’on a été tenu pour totalement irresponsable de ses méfaits ?

En troisième lieu, une étude de la vie de ce paidéraste permet d’entrevoir une page de l’histoire coloniale française en Algérie, dans ses aspects médicaux et sociologiques : la famille du « patient Pacotte & Raynaud » s’était installée en Algérie dès les début de cette aventure coloniale, dans la première moitié du XIXe siècle. Or, beaucoup d’études contemporaines examinent l’histoire de la psychiatrie en Algérie coloniale sous l’angle politique, très à la mode, de la mentalité du colonisateur en relation avec un peuple jugé par lui inférieur. C’est dire que le cas d’un Français né en Algérie et traité par des aliénistes français n’intéresse aucun historien contemporain : un motif supplémentaire, pour moi, de me pencher sur le cas de ce paidéraste.

On apprendra par exemple la fondation, en 1893, de la première maison de santé en Algérie, à Saint-Eugène, sur les hauteurs d’Alger, dans la vallée des Consuls, à quelque pas de la fameuse basilique Notre-Dame d’Afrique.

Dans leur rapport médico-légal, les Drs Pacotte et Raynaud ont fourni de nombreux éléments biographiques sur leur patient et sa famille. Ces éléments permettaient d’espérer identifier ce paidéraste afin d’en apprendre davantage sur son histoire après son internement à l’asile d’aliénés d’Aix-en-Provence – dernière information apportée par les médecins dans leur article.

Le rapport des deux experts peut être lu ici.

Afin d’accéder au dossier du « cas Pacotte & Raynaud » interné à l’asile d’aliénés d’Aix-en-Provence, il fallait en premier lieu trouver son identité. Ce n’était pas chose aisée, mais c’est aujourd’hui chose faite, avec certitude.

Le prochain Bulletin Quintes-feuilles hors-série sera consacré à ce paidéraste, poète de l’enfance garçonnière, à la triste existence et à la fin tragique.

Jean-Claude Féray