Les lettres amoureuses d’un frère à son élève – Comparaison entre les éditions

Contrairement à ce que les deux extraits ci-dessous pourraient donner à penser, le toilettage, purement stylistique, n’est pas très important, et il ne change en rien le fond de l’histoire. La première page est du reste celle qui a subi le « toilettage » le plus poussé : 99 % du texte n’a pas été modifié.

Édition Quintes-Feuilles,2006 Édition originale, JulesGay, 1878 et réédition successives 1884, 1911 et 1956.
St-V… le 9 août 1869

Cher Marius,

C’est avec une certaine tristesse que je t’écris. Je constate en effet que tu ne te distingues pas des autres élèves, qui négligent leur professeur dès que les vacances les éloignent de lui. Les collégiens sont ingrats. Ni par le cœur, ni par la raison, ils ne perçoivent le sacrifice continuel que fait un maître aimant et dévoué pour verser dans leur âme le meilleur de sa vie. Dès que cessent les cours, ils disparaissent et s’empressent d’oublier leur professeur.

Les quelques marques d’affection que tu m’avais témoignées m’avaient laissé espérer que tu serais une exception à cette règle cruelle de l’oubli. J’avoue qu’aujourd’hui encore, je refuse de repousser l’idée de voir en toi une exception, parce qu’il me serait trop douloureux de ne laisser dans ta mémoire que la trace confuse d’une vague relation, et qu’il m’est doux, au contraire, de penser que nous serons à l’avenir deux vrais amis.

J’ignore les raisons pour lesquelles tu n’as pas pu, jusqu’ici, tenir la promesse que tu m’avais faite de m’écrire. Je ne viens pas ici t’en formuler le reproche : je ne m’en sens pas le droit, ni d’ailleurs le courage. Mais s’il t’est possible de réparer ce trop long silence, je t’en prie, ne tarde pas davantage à prendre la plume.

[…]

St-V… le 9 août 1869

Mon cher ami,

Je prends la plume avec une certaine tristesse, voyant que vous m’obligez, contre mon attente, à penser de vous ce que tout professeur est malheureusement obligé de penser de ses élèves une fois qu’il s’en trouve séparé.- Mon Dieu, que les élèves sont chose ingrate ! Ils ont un cœur et ne sentent point, une intelligence et ne comprennent point qu’un maître aimant et dévoué fait un continuel sacrifice en versant dans leur âme le meilleur de sa vie… Aussitôt qu’ils n’ont plus besoin de ses leçons, les voilà qui s’éloignent entièrement et se mettent à oublier leur bienfaiteur !

Pourtant, mon cher ami, les quelques marques d’affection que vous m’aviez déjà montrées me laissaient espérer que vous feriez exception à cette cruelle règle générale. Même encore aujourd’hui, vous l’avouerai-je ? il me semble bon et raisonnable de me bercer de cette douce pensée : oui, j’aime à croire que nous ne serons pas à l’avenir de vieilles connaissances seulement, mais deux amis sincères.

J’ignore les motifs qui vous ont empêché de tenir votre promesse, et ne viens pas aujourd’hui vous adresser des reproches : je ne m’en reconnais pas le droit et je n’en ai pas la force. Mais, pour peu qu’il soit en votre pouvoir de réparer votre trop long silence, ne tardez plus à le faire.

[…]


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