Réflexion sur les suicides de Paul-Alexis et du frère Philippe Dockwiller : pourquoi il est légitime de les rapprocher, malgré le fossé qui sépare ces deux personnalités.

Aujourd’hui, 20 septembre 2016, est le premier anniversaire de la mort de Paul-Alexis, qui a mis fin à ses jours, à l’âge de seize ans, après avoir été « dénoncé » parce qu’il avait exposé sur un « forum pédophile », en toute innocence et en toute inconscience, les photos banales (commentées avec humour et sans grivoiserie) d’un camp scout auquel il avait participé. J’ignore presque tout de cette affaire, hormis l’essentiel : que Paul-Alexis avait déclaré n’avoir plus la force de lutter ; il avait annoncé vouloir mettre fin à ses jours en commençant son ultime message par : « Ça y est, c’est fini, ils ont gagné ». J’ai pu vérifier, grâce à un article nécrologique, la réalité de ce suicide.
Rapprocher son cas de celui du père Philippe Dockwiller est osé, aussi dois-je m’empresser de souligner une énorme et incontestable différence entre les deux personnalités. Philippe Dockwiller était

un enseignant, un frère dominicain, un homme mûr, sur qui pesait l’accusation d’actes que sa conscience de prêtre – sinon d’homme – réprouvait. Rien à voir donc avec un adolescent lucide sur ses goûts en matière amoureuse et sexuelle, déterminé à les assumer, et qui ne songeait pas à nier ce qu’on lui reprochait, mais à en défendre au contraire la légitimité à ses yeux. Affronter à seize ans des adultes qui ont tous les droits et tous les pouvoirs exigeait une énorme résistance morale, laquelle a fait défaut à cet adolescent dépourvu de soutien bienveillant et réfléchi.
Ce qui rapproche le frère Dockwiller et Paul-Alexis ? Leur martyre. Tous deux ont dû subir des interrogatoires blessants, intrusifs de leur intimité, en un mot : odieux ; tous deux ont été montrés du doigt avec haine, tous deux ont vu leurs proches les fuir. Tels des assoiffés à qui on aurait donné du sable et des cailloux à boire, ils se sont retrouvés dans un immense désert affectif où leur besoin naturel d’amour et d’estime n’a eu pour s’abreuver qu’aversion et mépris.
Si j’éprouve de la compassion même à l’égard des acteurs qui ont provoqué ces drames (je songe notamment au pauvre garçon de 14 ans et aux parents de celui-ci qui ont accusé le père Dockwiller), je condamne avec fermeté et sans aucune indulgence les médias, qui jouent dans ces tragédies un rôle d’autant plus abject qu’il s’accompagne d’une sorte de « bonne conscience », la conscience – pas toujours naïve – de se trouver dans « le camp du bien ».
Au sujet du frère Dockwiller, le fait que des personnes qui n’en savent pas plus long que moi sur son dossier d’accusation, aient pu juger ce prêtre forcément coupable, à la manière de Margueritte Duras accusant la mère du petit Grégory Villemin, me prouve que la haine, une haine d’autant plus solide qu’elle est irrationnelle, se cache derrière ce qu’il est convenu d’appeler la « bonne conscience ».
Un autre point rapproche encore Paul-Alexis du frère Philippe Dockwiller : leur mort a un sens profond. Elle invite tous ceux qui ont une vraie conscience à se poser des questions et à réfléchir, en moralistes, sur le bien fondé des valeurs éthiques acceptées aujourd’hui en Occident et sur les conséquences sociales de ces choix.
Le père Dockwiller et Paul-Alexis ont droit à la prière des croyants et au respect compassionnel de tous.
Paix à leur âme.

Jean-Claude Féray

Pour leur entourage et pour nous, cette Consolation, la troisième, parmi les six consolations que Frantz Liszt a composées après la mort de Frédéric Chopin. Elle est jouée ici par un ange qui a pris sur la terre américaine où il s’est posé le nom de Cameron Corentin-Williams :