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Le sommeil du petit faune




La Neuvaine du petit Faune

La Neuvaine du petit Faune est un recueil de neuf poèmes que Jacques d’Adelswärd, dans les dernières années de sa vie, a dédiés à un adolescent de Sorrente, Corrado Annicelli (né à Naples le 1er septembre 1905).

Ces poèmes sont restés inédits jusqu’à aujourd’hui.

Lorsque Roger Peyrefitte rédigea sa biographie romancée de Jacques d’Adelswärd (L’Exilé de Capri), il choisit, par discrétion, d’évoquer l’existence ce garçon sous le prénom de Manfred, et le décrivit, par allusion à l’un des poèmes de la Neuvaine, comme un brun gamin :

« Ce brun gamin qui n’était pas de bronze, bien qu’il fût « ciselé dans le bronze », était en vacances à Capri avec ses parents, riches bourgeois de Sorrente. Jacques les avait connus au Quisiania, où ils habitaient, et il avait fait leur siège en règle. Il les invita, les choya, leur parla de Marie-Antoinette, […] Le garçon, qui se prénommait Manfred, revint seul en visite. À Noël, il revint même en séjour.[…]

Son éducation, son vernis social, ses études – Manfred était interne au lycée de Naples – lui rappelaient Loulou et, comme avec Loulou, quelque chose de sa propre enfance.

[…]

En janvier, il loua un « villino » au Pausilippe et écrivit au père du lycéen que, retenu de ce côté du golfe par les mondanités de la saison, il serait volontiers le correspondant de son fils. « Trop flatté », répondit le bonhomme. L’an 1922 débutait bien. Ce fut une idylle telle que Jacques n’en espérait plus. »

– Roger Peyrefitte – L’Exilé de Capri. Flammarion, 1959. pp. 312-313.

L’auteur évoque, dans cette biographie romancée de Jacques d’Adelswärd-Fersen, la Neuvaine du petit faune en ces termes :

« Les grandes vacances avaient ramené Manfred, sinon ses parents, qui villégiaturaient ailleurs. Celui-là, Jacques aurait pu difficilement le nommer « son ange » : il le nommait « son petit faune », pour se référer à leur vraie religion. Cependant, son goût des mélanges lui fit intituler « neuvaine », comme s’il s’agissait d’un saint ou de la Madone, neuf sonnets qui célébraient l’anniversaire de leur rencontre. Il voulait prendre tout son temps pour les écrire, mais trois furent terminés avant la fin des vacances. Il s’y comparait au « voleur qui cache son trésor », au « vautour » qui, « par faim d’amour, fond sur l’oiselet ». Ces mots : « Le désir qui me tue », avouaient les limites de sa « faim d’amour ».La cocaïne dont il abusait depuis un an, après tant d’années qu’il abusait de l’opium, avait cessé de faire des miracles : il s’était voué à un lent suicide et n’en touchait plus le prix. Sa déchéance l’humiliait. [Ibid., p. 321.]

[…]

La « neuvaine du petit faune » lui apparut comme un signe de sa destinée. Ce titre sacrilège qui unissait catholicisme et paganisme, Sainte-Marie du Secours et le dieu Pan dont un pilote égyptien avait annoncé ici la mort à Tibère, ne lui avait pas été inspiré pour rien. Ce serait sa dernière œuvre, puisqu’il y chantait son dernier amour. [Ibid., p. 323.]

[…]

En tout cas, la « neuvaine du petit faune » ne serait jamais publiée. »

[Ibid., p. 323.]

Corrado Annicelli, alias Manfred, était présent en la villa Lysis le soir du 5 novembre 1923, lorsque Jacques d’Adelswärd-Fersen mourut d’une overdose de cocaïne.

Plus tard, Annicelli devint acteur de théâtre et de cinéma.

Roger Peyrefitte connut son existence grâce à un homme âgé, Mario Astarita, qui possédait deux villas sur l’île de Capri, dont l’une sur le mont Tibère, non loin de la villa Lysis, et qui avait fréquenté Jacques d’Adelswärd, ainsi que le milieu gravitant autour de lui.

Peyrefitte rapporte en ces termes son entrevue avec Corrado Annicelli :

« Ma rencontre avec cet homme sympathique, aujourd’hui marié, et que je n’ai vu qu’une fois, reste une des plus émouvantes de celles que cet ouvrage m’a values. C’était à Rome. Je lui avais téléphoné, l’avais invité à dîner et ensuite, au fond du salon de l’hôtel Moderno, le dos tourné à l’entrée, il me raconta, d’une voix basse, toute son histoire. Il m’avait apporté la copie des derniers poèmes écrits par Fersen et qui lui étaient dédiés : la Neuvaine du petit faune, – les poèmes écrits pour ses seize ans. Il avait les larmes aux yeux en me dépeignant la scène du suicide, et j’étais aussi bouleversé que lui. On voit qu’en l’appelant Manfred, je faisais une espèce d’équivoque par rapport à son prénom de Conrad. Si aujourd’hui je me permets de dire son vrai nom, c’est parce que, l’été dernier, à Capri, ses amis, Romolo Valle et Giorgio de Lullo, directeurs du Théâtre Elisea à Rome, m’ont dit qu’il ne cachait plus ce souvenir de jeunesse. C’est à eux qu’il a donné l’original de cette Neuvaine peu ecclésiastique. »

– Roger Peyrefitte – Propos secrets 2. Albin Michel. 1980, p. 355.

Corrado Annicelli, dédicataire de La Neuvaine du petit faune, est mort à Rome le 28 août 1984.


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