Une traduction qui s’imposait, à paraître en mars prochain

L’inexistence d’une traduction française du texte d’Erich Bethe Die dorische Knabenliebe, ihre Ethik, ihre Idee [L’amour des garçons chez les Doriens, leur morale, leurs idées], explique que la rupture introduite par ce philologue allemand dans les études sexologiques et helléniques soit restée presque totalement méconnue en France.

J’en veux pour preuve la page Wikipedia française consacrée à la pédérastie : malgré sa longueur exubérante, cette page ne cite pas une seule fois le nom de Bethe. Pourtant, on peut dire, sans exagération, qu’il y a un avant et un après Erich Bethe, un avant et un après son article publié en 1907. De sorte qu’il est aussi choquant de lire une page sur la pédérastie ne citant pas le nom d’Erich Bethe qu’une page consacrée au jansénisme qui ne citerait pas une seule fois le nom de Blaise Pascal.

C’est pourquoi Quintes-feuilles a décidé de publier la traduction française de ce texte de Bethe extrêmement important en dépit de sa brièveté (38 pages denses dans sa version originale, publiée dans la revue Rheinisches Museum für Philologie de Leipzig).

La présentation de L’amour des garçons chez les Doriens, leur morale, leurs idées expliquera en quoi la contribution d’Erich Bethe a constitué une vraie rupture.

Nous essaierons aussi de répondre à une interrogation légitime : pourquoi diable Georges Hérelle, sous le pseudonyme de R.-L. de Pogey-Castries, a-t-il choisi de traduire en français, en l’enrichissant considérablement, un texte antérieur, le vieil article (1837) de M.H.E Meier, d’une érudition laborieuse mais qui n’a pas la portée considérable du texte de Bethe ? Hérelle aurait-il été choqué par l’un des volets – le plus sujet à controverses, mais pas le plus contesté aujourd’hui, paradoxalement – de l’apport d’Erich Bethe sur la paidérastie dorienne, basé sur des considérations lexicographiques et anthropologiques ?

La plupart des « grands traités » concernant l’amour grec (ceux de Meier & Pogey-Castries ; de Félix Buffière ; de Kenneth Dover…) se présentent comme des catalogues certes très méritants, mais à l’érudition souvent rébarbative, qu’on n’a guère envie de lire de manière linéaire, de la première à la dernière page : ils se consultent plutôt comme une encyclopédie ou un dictionnaire qu’on feuillette, en « butinant » par-ci par-là un paragraphe. Rien de tel avec l’article d’Erich Bethe, qui mérite vraiment d’être appelé essai : il s’agit d’un texte stimulant sur le plan intellectuel, qui vise une démonstration, et qu’on dévore du début à la fin. S’il fallait ne recommander à un « honnête homme du XIXe siècle » pressé et suroccupé, qu’un seul texte à lire, pour sa culture, sur la paidérastie grecque, ce serait, sans conteste, l’essai d’Erich Bethe : ce texte court, dense, tonique, remplace avantageusement, pour l’homme du XXIe siècle à la vie trépidante, les traités-catalogues cités plus haut.

Au moment de la création de Quintes-feuilles, nous avions voulu donner une orientation fondamentalement historique à cette micro-structure éditrice. Nous n’avons jamais eu plus le sentiment de répondre à cette vocation initiale qu’en publiant ce texte de Bethe que nous tenons pour fondamental.